A MES ECOLIERS
Vers le repos permis, vers le bois ou la grève, Reprendre où je l'avais laissé jadis mon rêve; Mais une voix me dit : « Ce que tu leur devais, A ces pauvres enfants, le leur as-tu, sans trêve, Tous les jours, à toute heure, également donné? As-tu sévi quand il fallait, ou pardonné, Encouragé, guidé, trouvé ce qui relève, Ce qui guérit, ce qui fait qu'on devient meilleur? As-tu su t'abstenir toujours du trait railleur Qui, tel qu'un aiguillon de guêpe venimeuse, Vit longtemps dans la plaie et l'avive et la creuse ? As-tu sous le savoir livresque, en soi si vain, Mis, comme sous la pâte on place le levain, Un ferment d'idéal qui l'échauffé et l'anime? Leur as-tu fait lever leurs regards vers la cime Où d'imprudents bergers, un jour, se sont vantés D'avoir, sous leur poing frêle et sous leur souffle infime, Éteint à tout jamais les anciennes clartés?... »
Je ne sais, je ne sais... lit c'est pourquoi, morose. Au moment de quitter tout ce peuple d'enfants Qui remplissent l'air froid de leurs cris triomphants, Je reste là, le front contre la vitre close, Longuement; je m'attarde à couver leurs ébats;
Je voudrais, dans ces yeux de langueur ou de flamme, Deviner s'ils sont tous armés pour les combats, Si dans leurs jeunes corps vibrants vibre aussi l'âme... Mais la nuit tombe... Il faut partir... Je ne sais pas.