NOËL DE VIEUX
n.OËL <DE VIEUX
\~s u\ la tristesse de ces fêtes de famille,
Lorsque la famille n'est plus ; Que la flamme dans l'âtre est éteinte, ou ne brille
Que pour deux pauvres vieux perclus Dont les enfants sont morts ou perdus dans les villes,
Fort loin, écrivant rarement, Et qui tendent vers les tisons leurs doigts débiles
Agités d'un long tremblement...
Oui, c'est Noël, la fête intime sans rivale;
On est nombreux, chez les voisins;
On chante, et les chansons dominent la rafale ;
Les rires montent, francs et sains.
Dehors, les gens des mas, aux carillons des cloches.
Sous la limousine, en sabots, Accourent à travers landes, forêts et roches,
Des tisons au poing pour flambeaux, Vers la rustique église où l'on chante matines ;
Leurs pas sur les sentiers durcis Sonnent... Et les deux vieux, pauvres faces chagrines
Où se lisent tant de soucis, Restent silencieux à regarder la braise
De leur misérable foyer, Svmbole de leurs cœurs usés où tout s'apaise,
Puis leur vieux lit de merisier A peu près large comme un cercueil à deux places,
Où tinrent pourtant leurs amours, Où de calmes sommeils reposaient leurs chairs lasses
Des lessives et des labours, Et qui les sollicite encor de son coin d'ombre
Et du retroussis de ses draps A chercher dans le rêve où toute angoisse sombre
L'oubli des morts ou des ingrats.
« Oui, couchons-nous, dit le bon vieux ; le bûcher baisse
Et l'huile aussi dans le « calèl » :
NOËL DE VIEUX J 2 f
a messe de minuit, ce n'est plus notre messe :
Fête de jeunes, la Noël I - Allons donc nous coucher, consent la douce vieille,
Mais faisons la prière avant... »
lie la dit, et lui, répond : deux bruits d'abeille
Perdus dans la nuit et le vent, lais que Jésus entend, malgré la voix des cloches
Et le Gloria solennel )e l'orgue dans la nef, du torrent sur les roches
Ec des chœurs d'anges dans son ciel.