POUR J . -H. FABRE II
Songe qu'il est là-haut tel bon octogénaire Peut-être qui te vit petit pâtre, suivant Tes bêtes sur la friche, observant et rêvant,
Qui te nommait « visionnaire » , Mais qui mourrait heureux de t'avoir vu savant ;
Songe que sous un mur attiédi quelque aïeule Qui file sa quenouille ou dit son chapelet Se souvient de l'adolescent qui l'appelait Pour lui faire admirer un criquet sur l'éteule, Puis, pensif, vers la gloire à jamais s'en allait ;
Songe que les marmots apprennent à l'école Ton nom et ton renom, et, le long des ronciers, Par les vieux chemins creux marchent, extasiés Que l'on puisse se faire une belle auréole Avec des livres sur la mante et les bousiers...
Ecoute le concert de tant de voix bénies :
Voix du sol et des eaux, de l'azur, des bois sourds,
De l'agreste clocher aux frustes symphonies,
Et des vieux survivants et des primes amours;
Et donne à ton berceau quelques-uns de tes jours.
Déserteur couronné, vers ta Mère-nourrice Retourne, par un soir de printemps calme et doux: Mets-toi pieusement devant Elle à genoux, Pour que sa rude main sur ton front assortisse A ton divin laurier une branche de houx.