JAMAIS PLUS
(amais plus, au matin, ses yeux ne s'ouvriront °our saluer le jour, l'espérance et la joie; Notre baiser en vain cherchera son beau front,
Ses lourds cheveux, ses cils de soie ; Et sans la ramener tous les soirs tomberont.
Plus rien d'Elle, jamais : ni sa voix tendre et chaude, N'i son rire, — un bruit frais de source dans les bois, — Ni son geste animant le clavier sous ses doigts; Pas même une vapeur fugitive qui rôde Dans le miroir désert qui la vit tant de foisL..
En vain nous retournons, comme en pèlerinage, Vers les villes qu'elle habita, frappant au seuil De tous ceux qui jadis lui faisaient tendre accueil
Nuls yeux n'ont gardé son image, Et rien d'Elle ne lui survit que notre deuil.
Et si, las de poursuivre une ombre décevante, Nous rentrons sous le toit qui la vit tant souffrir Un an. désespérer dix longs mois, et mourir, Nous retrouvons autour, impassible et vivante, La Nature où tout va renaître et refleurir.
Les fleurs de l'herbe haute émergent et sourient A l'aube, à la rosée, à l'azur, au soleil; L'abeille accourt les saluer dès son réveil ; Les pins et les cyprès géants chantent ou prient : Et seule notre enfant dort son pesant sommeil.
Son sommeil ! Est-il vrai ? Seigneur, Seigneur, dort-e Seulement, sans douleurs, sans regrets d'ici-bas, Elle qui depuis tant de nuits ne dormait pas,
Quand soudain l'effleura de l'aile La Berceuse dont nul n'entend venir les pas?
Dors-tu, ma douce enfant, d'un sommeil sans nul sont Dont même notre appel ne peut rompre le cours, Et qui ne finira qu'avec la fin des jours ? Dors-tu paisiblement, loin de l'humain mensonge Qui fait si bref le rêve et les réveils si lourds?