‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 47 sur 83 · ADIEU · texte numérisé non relu

ADIEU

AdieuI... C'est le mot qui délie

Et c'est aussi le mot qui rompt; Il est cruel, terrible et prompt, Ou trempé de mélancolie.

Adieu!... Que ce soit dans les pleurs Ou dans quelque pale sourire, A chaque pas il faut le dire, Ce petit mot gros de douleurs.?.

L'enfant comme un pinson gazouille.

Le père part : « Mignon, adieu ! »

Et, sans savoir pourquoi, l'œil bleu Du bambin se trouble et se mouille.

Il a dix ans... « Vite, au chef-lieu,

Dit le père, vite à l'école! »

La pauvre mère se désole :

" Travaille bien, mon fils. Adieu! »

On a sci^e ans; une cousine Vous a mis l'âme tout en feu :

Elle en épouse un autre! Adieu!

Et la douleur vous assassine...

Vingt ans... Soldai! Guerre, n L'odeur de la poudre vous grise; Et cependant le cœur se brise Lorsque au village on dit adieu.

On se marie, on devient père.

Dans son petit lit rose ou bleu Le nouveau-né se meurt... Adieu!

Et l'on cric et l'on desespère...

Puis votre mère va vers Dieu; Douce et grave comme une sainte, De sa chère voix presque éteinte Que vous dit-elle encore? — Adieu!

Votre père, que l'âge dompte, Ira la rejoindre sous peu :

Encore un déchirant adieu...

Bientôt vous en perdre^ le compte.

l'os amis meurent eu tout lieu, Et chaque jour il vous arrive Quelque lamentable missive :

Un tel est mort : nouvel adieu!...

Pourtant il vous restait encore Une enfant — un coin de ciel bleu.

Votre couchant est un adieu, Mais sa jeunesse est une aurore.

Or un mal sourd à petit feu A consume l'enfant superbe; Toute voire race est sous l'herbe; Et c'est l'irréparable adieu...

ROXCES ET LIERRES

Sur la route toujours plus viorne Dont on a passé le milieu, On va : projets, or, gloire... adieu!

Enfin on aperçoit la borne,

'Et l'on fait ce suprême vœu :

« Vienne la mort qui nous délivre,

Et referme à jamais le ,

Dont chaque page est un adieu! »

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