ADIEU
AdieuI... C'est le mot qui délie
Et c'est aussi le mot qui rompt; Il est cruel, terrible et prompt, Ou trempé de mélancolie.
Adieu!... Que ce soit dans les pleurs Ou dans quelque pale sourire, A chaque pas il faut le dire, Ce petit mot gros de douleurs.?.
L'enfant comme un pinson gazouille.
Le père part : « Mignon, adieu ! »
Et, sans savoir pourquoi, l'œil bleu Du bambin se trouble et se mouille.
Il a dix ans... « Vite, au chef-lieu,
Dit le père, vite à l'école! »
La pauvre mère se désole :
" Travaille bien, mon fils. Adieu! »
On a sci^e ans; une cousine Vous a mis l'âme tout en feu :
Elle en épouse un autre! Adieu!
Et la douleur vous assassine...
Vingt ans... Soldai! Guerre, n L'odeur de la poudre vous grise; Et cependant le cœur se brise Lorsque au village on dit adieu.
On se marie, on devient père.
Dans son petit lit rose ou bleu Le nouveau-né se meurt... Adieu!
Et l'on cric et l'on desespère...
Puis votre mère va vers Dieu; Douce et grave comme une sainte, De sa chère voix presque éteinte Que vous dit-elle encore? — Adieu!
Votre père, que l'âge dompte, Ira la rejoindre sous peu :
Encore un déchirant adieu...
Bientôt vous en perdre^ le compte.
l'os amis meurent eu tout lieu, Et chaque jour il vous arrive Quelque lamentable missive :
Un tel est mort : nouvel adieu!...
Pourtant il vous restait encore Une enfant — un coin de ciel bleu.
Votre couchant est un adieu, Mais sa jeunesse est une aurore.
Or un mal sourd à petit feu A consume l'enfant superbe; Toute voire race est sous l'herbe; Et c'est l'irréparable adieu...
ROXCES ET LIERRES
Sur la route toujours plus viorne Dont on a passé le milieu, On va : projets, or, gloire... adieu!
Enfin on aperçoit la borne,
'Et l'on fait ce suprême vœu :
« Vienne la mort qui nous délivre,
Et referme à jamais le ,
Dont chaque page est un adieu! »