‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 53 sur 83 · SEME, JACQUES BONHOMME I I · texte numérisé non relu

SEME, JACQUES BONHOMME I I

Et qui, lorsque la guerre aura détruit ta race, Prendront ton champ sur le coteau Et le reste de ton chanteau?...

Tais-toi, Jacques Bonhomme ! — Oui, je sais ton histoire Et l'éternelle croix sous qui tu vas penchant : L'effort qu'on te demande en est plus méritoire. Et le martyr n'a pas le droit d'être méchant... Et puis, quand nous aurons, grâce à toi, la Victoire, Qui donc toucherait à ton champ ?

Sème donc, sème et prie, afin que Dieu féconde La glèbe où tes pas sont marqués

Et qu'avec tes sueurs le sang des tiens inonde.

Sème, Jacques Bonhomme !... Il grêle sur nos quais: Donne du pain à tout le monde, Donnes-en même aux embusqués !

AU "BOUT T)U CHiÀMT

LJ n homme, un paysan en blouse du dimanche, A travers champs s'en va, parlant bas, attristé. Il s'arrête devant un vieux qui tient le manche Dz sa charrue, oublie un discours apprêté, Et lui dit que son fils, so'dat... L'autre devine : « Il est mort, n'est-ce pas ?. . . » Silence. . . « Pauvre enl Il est mort !... » Sur sa joue où la ride est ravine Une larme s'écroule, une autre la suivant. Il se signe, il dit un De profundis peut-être; Songe à sa pauvre femme, en regardant les cicux

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