‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 52 sur 83 · LA VEUVE PAYSANNE · texte numérisé non relu

LA VEUVE PAYSANNE

Plus grande que ne fut, certes, la veuve antique, Plus que les Pénélope en secret ourdissant Leur vaine toile pour se garder à l'absent, N'ous devons te bénir, Providence rustique !

Aussi, quand nous aurons chassé l'envahisseur St que nous fêterons la sainte délivrance, e voudrais qu'on te mit, toi, mère, ou veuve, ou sœur, \u milieu des héros, à la place d'honneur,

— Gardienne du sol, paysanne de France 1

SÈC\CE, JACQUES 'BO'MHCMME!

L> 'an gé lus tinte : éveille-toi, Jacques Bonhomme I

Tu devrais avoir attelé ; L'autan toute la nuit dans sa corne a soufflé, Il a séché ton champ tout en berçant ton somme;

Allons, debout, Jacques Bonhomme,

En hâte il faut semer du blé !

Tu n'es plus jeune, certe, et ton maigre corps penche, Quand tu t'acharnes au labour De la terre, ton vieil amour,

SÈME, JACQUES BONHOMME I 1 4 y

^ui dans ses flancs va t'endormir vêtu de planche. *u n'es plus jeune, certe, et ton maigre corps penche ; Qu'importe 1 Meurs sur ton labour!

,a guerre a pris tes fils, deux sont morts, et deux autres,

Prisonniers, souffrent de la faim; Jn dernier, mutilé... Te voilà seul enfin 'our semer tes froments, tes maïs, tes épeautres,

Et nourrir les enfants des autres...

Sème encore, sème sans fin !

luelques-uns te diront, te soufflant la révolte,

Que déjà l'Etat, l'an dernier, 1 vidé sans façon ta grange et ton grenier, !stimant et payant à vil prix ta récolte!... Sème quand même, sans révolte :

On paiera mieux que l'an dernier...

bailleurs, tu ne veux point, n'est-ce pas, mon bon Jacques,

Que, si leurs affreux sous-marins .rrivent à couler les bateaux lourds de grains,

Nous manquions de pain après Pâques ?

es fils nous ont sauvés de leurs canons ; toi, Jacques,

Sauve-nous de leurs sous-marins.

Lis, dimanche prochain, ■ — car tu sais un peu lire, •

La belle affiche où sur nos murs Des hommes très savants, très sages et très sûrs Te diront beaucoup mieux que je ne sais le dire Que la Victoire et tes blés mûrs Dans quelques mois vont se sourire...

Et voilà le soleil levé, même avant toi;

L'alouette qui, d'un coup d'aile, S'élance vers le ciel, criant : « Attelle! attelle! i Sème tes blés de mars, homme de peu de foi; Sème, tandis qu'elle chante, elle, Pour nos soldats, pour Dieu, pour toi!...

Que dis-tu dans tes dents ? Que la terre se lasse

De nourrir le vaste troupeau De chiens et de bergers soucieux de leur peau,

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