‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 55 sur 83 · SIX JOURS · texte numérisé non relu

SIX JOURS

Revoir le vieux clocher hautain, Le Ségala, la douce terre Où ma pauvre âme souvent erre Evoquant un passé lointain;

— Après avoir pleuré ton frère Dans les bras de ta mère en pleurs, Mettant en commun les douleurs Qui feront votre joie amère ;

Après avoir à maint voisin Porté le bonjour, l'embrassade D'un de ses fils, ton camarade, Hier encore sauf et sain,

Et dit à d'autres dont la guerre

A pris les uniques soutiens

Ce qu'on dit aux humbles chrétiens

due sont tous nos « coupeurs de terre »,

Au bord d'un pré, sur un labour, Au pied d'une croix de bois grise Semblable à celle qu'on a mise Là-haut sur les tombes d'un jour;

Emplis-toi les regards et l'âme

Des tableaux jadis familiers ;

Cours les champs, les bois, les halliers,

Va vers tout ce qui te réclame.

Ecoute nos cloches chantant Les chansons autrefois chantées, Et soudain, de deuils attristées, Sur les soldats morts sanglotant ;

Passe devant le cimetière,

Si tu le peux même entres-y :

En saluant les morts d'ici,

Songe à tous ceux de la frontière.

Et quand tout cela : ta maison, Ta maisonnée et ton village, Et tout l'intime paysage, Si beau même en cette saison:

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