‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 56 sur 83 · SIX JOURS · texte numérisé non relu

SIX JOURS

Tes cloches à l'appel si tendre, Le clos des défunts révérés, Quelque rencontre au fond des prés De la blonde qui sait t'attendre;

Quand tout cela t'aura gonflé Le cœur d'une nouvelle sève, Laisse lever ton blé qui lève, Et tes amours comme ton blé;

Et retourne prendre ta place

Dans la tranchée, — autre labour

D'où va bondir au premier jour,

En Flandre, en Champagne, en Alsace,

Non la vague des épis d'or, Mais celle des faucheurs superbes Qui joncheront de sombres gerbes Nos sillons envahis encor!...

Alors, la moisson étant faite Des derniers soldats du kaiser, Recourbe en faucille le fer De délivrance et de conquête,

Et, lavant tes bras aux ruisseaux, Accrochant au pied de l'alcôve Ton casque et ta capote fauve, Tu reviendras vers nos coteaux

Où, mûrs à point, drus à merveille, Les blés que semèrent tes vieux Crouleront dans un bruit joveux Sous ta faux de soleil vermeille.

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