POUR LE PAIX
« Ne jetez pas le pain! » Moïse, au Sinaï. Aurait dû les tracer sur ses tables de pierre, Pour en faire un précepte à jamais obéi; Puis Jésus les aurait recommandés à Pierre,
Ou mis dans sa belle prière ; Et jamais de la faim l'émeute n'eût jailli...
a Ne jetez pas le pain! » La voilà la parole
Qu'il eût fallu graver aux murs de nos cités,
Et prêcher à l'église, et chanter à l'école,
Au lieu des trois grands mots pleins d'espoirs avortés
Qu'on a partout cent ans sculptés, Ainsi qu'une devise, admirable mais folle...
« Xe jetez pas le pain ! » l'aliment sans égal, Qui les remplace tous et qu'aucun ne remplace; Le trésor du festin ou du repas frugal, De la nappe brodée ou de l'humble besace,
Et dont jamais nul ne se lasse, Mondaine raffinée ou chemineau brutal.
Pain blanc, pain bis, pain noir, bon pain, vrai viatique Fait du sang de la Terre et des larmes du Ciel, Et de l'effort puissant des bœufs et du rustique, Brun comme le sillon ou blond comme le miel,
Qui donc écrira ton cantique Maintenant que François d'Assise chante au Ciel?
Qui te glorifiera dans d'humbles litanies Comprises des petits et dites à genoux, Les yeux en haut, les cœurs aussi, les mains unies, Avant pour tout refrain à leurs stances bénies
Le mot du Pater : Donnez-nous Le pain quotidien, blanc ou noir, toujours doux!
Du pain pour le marmot qui frotte ses gencives Où vont percer en grains de riz les dents de lait, Et du pain pour le vieux qui n'a plus d'incisives, Mais qui s'escrime encor dans les heures oisives,
Quand il a dit son chapelet, Sur quelque dur chanteau dont la saveur lui plait!