TERRE SAINT F
TE%%E S^I'-MTE
Lorsque tu reviendras, mon petit, de là-haut, — lit je crois, malgré tout, que ton retour est proche, Si tu n'es cul-de-jatte, aveugle ni manchot, Et si tu comprends bien que tu dois au plus tôt Raccrocher ton fusil et reprendre ta pioche,
Rapporte dans ton sac ou ta musette, au lieu De quelques vains éclats de ferraille rouillée, Un peu de cette terre héroïque et souillée, Cuite et recuite dans le sang et dans le feu, Et gardant la vertu de ceux qui l'ont foulée.
Ramasse-la pieusement, à deux genoux,
— Ainsi qu'un pèlerin aux pentes du Calvaire, —
De préférence sur tel tertre solitaire
Où la petite croix d'aubépine ou de houx
Marque la place où dort un soldat de chez nous.
Serre bien ton trésor, ne le perds pas en route, N'en parle point aux sots qui pourraient t'en railler; Plus que jamais fais de ton sac ton oreiller : L'àme du mort tout bas te parlera sans doute, Et le mort fut toujours le meilleur conseiller...
En rentrant, fais deux parts de la sainte poussière : Sèmes-en une, un soir, sur les tombes de ceux Qui dorment dans un coin de l'étroit cimetière, Morts, hélas! de savoir leurs enfants morts loin d'eux : A ce contact leurs os frémiront dans leur bière.
Le lendemain, à l'heure où le soleil levant Eait chanter l'alouette et crier la charrue, Va revoir l'humble clos dont la pluie et le vent Ont fait en ton absence une friche bourrue, Mais que tes soins rendront plus fertile qu'avant.