‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 81 sur 83 · RETOUR DU BERGER · texte numérisé non relu

RETOUR DU BERGER

Son troupeau rentre et ses petits... Les brebis bêlent Vers leurs agneaux qui, lamentables, les appellent... Le vieux coq près de lui vient chercher son perchoir, Et proteste contre l'intrus... Puis il fait noir Sur terre; mais là-haut les astres étincellent Et savent ce que tout à l'heure il va savoir...

Il attend. Qu'attend-il? Que sa femme infidèle Rentre au logis avec son amoureux près d'elle? Il n'attend pas longtemps : des pas sur le chemin, Des voix... Cesontbien eux...Sedonnent-ilslamain? Que t'importe? Ils sont seuls, et la nuit est si belle! Rien ne sera changé dans ta maison demain...

Et pourtant que sait-il? Ce garçon n'est peut-être Qu'un honnête berger, tel qu'il fut, lui, jadis. Rien ne prouve qu'il ait pris la place du maître... Sauf pour veiller sur ses bêtes et ses petits... Après souper il s'en ira... — Mais la fenêtre Qui brillaits'estéteinte... Ilreste : « Ah ! lesmaudits ! »

Le lendemain, comme ils brouettaient leur lessive Vers la mare où déjà se mirait le soleil, — Lui, radieux et fier; elle, émue et pensive, -- De leurs gorges jaillit soudain un cri pareil ; Car, en bleu d'horizon flottait sur l'onde oisive, Les yeux vitreux tournés vers le grand ciel vermeil, « L'original berger » dormant son grand sommeil.

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