‹ PoésiesChapitre 14 sur 71 · IDYLLE DANS LE GOUT DE THÉOCRITE · texte numérisé non relu

IDYLLE DANS LE GOUT DE THÉOCRITE

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«Honorons d'abord la Terre, qui, la première entre les Dieux, rendit ici les oracles... « J'adore aussi les Nymphes. »

Eschyle.

Vois-tu ce vieux tronc d'arbre aux immenses racines ?

Jadis il s'anima de paroles divines ;

Mais par les noirs hivers le chêne fut vaincu,

Et la Dryade aussi, comme l'arbre, a vécu,

(Car, tu le sais, berger, ces Déesses fragiles.

Envieuses des jeux et des danses agiles.

Sous l'écorce d'un bois où les fixa le sort.

Reçoivent avec lui la naissance et la mort.)

Celle dont la présence enflamma ces bocages

Répondait aux pasteurs du sein de verts feuillages,

Et, par des bruits secrets, mélodieux et sourds.

Donnait le prix du chant ou jugeait les amours. Bathylle aux blonds cheveux, Ménalque aux noires tresses, Un jour lui racontaient leurs rivales tendresses. L'un parait son front blanc de myrte et de lotus ; L'autre, ses cheveux bruns de pampres revêtus. Offrait à la Dryade une coupe d'argile ; Et les roseaux chantants enchaînés par Bathylle, Ainsi que le dieu Pan l'enseignait aux mortels, S'agitaient, suspendus aux verdoyants autels. J'entendis leur prière, et de leur simple histoire Les Muses et le temps m'ont laissé la mémoire,

MÉNALQUE

0 déesse propice ! écoute, écoute-moi ! i^s Faunes, les Sylvains dansent autour de toi. Quand Bacchus a reçu leur bruyant sacrifice ; Ombrage mes amours, ô Déesse propice !

Dryade du vieux chêne, écoute mes aveux ! Les vierges, le matin, dénouant leurs cheveux, Quand du brûlant amour la saison est prochaine, T'adorent ; je t'adore, ô Dryade du chêne !

MÉNALQUE

Que Liber protecteur, père des longs festins. Entoure de ses dons tes champêtres destins.

Et qu'en écharpe d'or la vigne tortueuse Serpente autour de toi, fraîche et voluptueuse !

Que Vénus te protège et t'épargne ses maux,

Qu'elle anime, au printemps, tes superbes rameaux ;

Et si de quelque amour, pour nous mystérieuse,

Le charme te liait à quelque jeune yeuse,

Que ses bras déhcats et ses feuillages verts

A tes bras amoureux se mêlent dans les airs !

MÉNALQUE

Ida ! j'adore Ida, la légère bacchante : Ses cheveux noirs, mêlés de grappes et d'acanthe, Sur le tigre, attaché par une griffe d'or Roulent abandonnés ; sa bouche rit encor En chantant Évoë ; sa démarche chancelle ; Ses pieds nus, ses genoux que la robe décèle. S'élancent, et son œil, de feux étincelant, Brille comme Phébus sous le signe brûlant.

C'est toi que je préfère, ô toi, vierge nouvelle. Que l'heure du matin à nos désirs révèle ! Quand la lune au front pur, reine des nuits d'été. Verse au gazon bleuâtre un regard argenté.

Elle est moins belle encor que ta paupière blonde.

Qu'un rayon chaste et doux sous son long voile inonde.

MÉNALQUE

Si le fier léopard, que les jeunes Sylvains

Attachent rugissant au char du Dieu des vins,

Voit amener au loin l'inquiète tigresse

Que les Faunes, troublés par la joyeuse ivresse,

N'ont pas su dérober à ses regards brûlants.

Il s'arrête, il s'agite, et de ses cris roulants

Les bois sont ébranlés ; de sa gueule béante.

L'écume coule à flots sur une langue ardente ;

Furieux, il bondit, il brise ses liens.

Et le collier d'ivoire et les jougs phrygiens :

Il part, et, dans les champs qu'écrasent ses caresses.

Prodigue à ses amours de fougueuses tendresses.

Ainsi, quand tu descends des cimes de nos bois,

Ida ! lorsque j'entends ta voix, ta jeune voix,

Annoncer par des chants la fête bacchanale.

Je laisse les troupeaux, la bêche matinale.

Et la vigne, et la gerbe où mes jours sont liés :

Je pars, je cours, je tombe et je brûle à tes pieds.

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