POÈME DU XVI^ SIÈCLE
« Le 24 du mesme mois s'exploita l'exécution tant souhaitée, qui délivra la chrestienté d'un nombre de pestes, au moyen desquelles le diable se faisoit fort de la destruire, attendu que deux ou trois qui en reschappèrent font encore autant de mal. Ce jour apporta merveilleux allégement et soûlas à l'Eglise. »
La vraye et entière histoire des troubles, par le Frère de Laval.
« Arquebusiers ! chargez ma coulevrine ! Les lansquenets passent ! sur leur poitrine Je vois enfin la croix rouge, la croix Double, et tracée avec du sang, je crois ! Il est trop tard ; le bourdon Notre-Dame Ne m'avait donc éveillé qu'à demi ?
Nous avons bu trop longtemps, sur mon âme ! Mais nous buvions à saint Barthélemi.
« Donnez une épée, Et la mieux trempée.
Et mes pistolets.
Et mes chapelets.
Déjà le jour brille Sur le Louvre noir ; On va tout savoir :
— Dites à ma fille De venir tout voir. f>
Le Baron parle ainsi par la fenêtre ; C'est bien sa voix qu'on ne peut méconnaître ; Courez, Varlets, Échansons, Écuyers, Suisses, Piqueux, Page, Arbalétriers !
Voici venir madame Marie-Anne ; Elle descend l'escalier de la tour.
Jusqu'aux pavés baissez la pertuisane.
Et que chacun la salue à son tour.
Une haquenée
Est seule amenée.
Tant elle a d'effroi
Du noir palefroi.
Mais son père monte
Le beau destrier.
Ferme à l'étrier :
— « N'avez-vous pas honte.
Dit-il, de crier l
« Vous descendez des hauts barons, ma mie ; Dans ma lignée, on note d'infamie Femme qui pleure, et ce, par la raison Qu'il en peut naître un lâche en ma maison. Levez la tête et baissez votre voile : Partons. Varlets, faites sonner le cor.
Sous ce brouillard la Seine me dévoile Ses flots rougis... Je veux voir plus encor.
« La voyez-vous croître La tour du vieux cloître ?
Et le grand mur noir Du royal manoir ?
Entrons dans le Louvre.
Vous trembleZj je croi, Au son du beffroi ?
La fenêtre s'ouvre.
Saluez le Roi. »