POST-SCRIPTUM
Mais pourquoi de leur cendre évoquer ces journées
Que les dédains publics effacent en passant ?
Entre elles et ce jour ont marché douze années ;
Oublions et la faute et la fuite et le sang,
Et les corruptions des pâles adversaires.
— Non. Dans l'histoire il est de noirs anniversaires
Dont le spectre revient pour troubler le présent.
Il revient quand l'orgueil des obstinés coupables Sort du limon confus des révolutions Où pêle-mêle on voit tomber les incapables, Pour nous montrer encor ses vieilles passions Et hurler à grands cris quelque sombre horoscope. En observant la vase aux feux d'un microscope, On voit dans les serpents ces agitations. Ô
S'agiter et blesser est l'instinct des vipères ;
L'homme ainsi contre l'homme a son instinct fatal :
Il retourne ses dards et nourrit ses colères
Au réservoir caché de son poison natal.
Dans quelque cercle obscur qu'on les ait vus descendre,
Homme ou serpent, blottis sous le verre ou la cendre,
Mordront le diamant ou mordront le cristal.
Le cristal, c'est la vue et la clarté du Juste, Du principe éternel de toute vérité.
L'examen de soi-même au tribunal auguste Où la raison, l'honneur, la bonté, l'équité, La prévoyance à l'œil rapide et la science Déhbèrent en paix devant la conscience Qui, jugeant l'action, régit la hberté.
Toujours, sur ce cristal, rempart des grandes âmes, La langue du sophiste ira heurter son dard.
Qu'il se morde lui-même en ses détours infâmes, Qu'il rampe aveugle et sourd, dans l'éternel brouillard. Oublié, méprisé, qu'il conspire et se torde, Ignorant le vrai beau, qu'il le souille et qu'il morde Ce diamant que cherche en vain son faux regard.
Le Diamant ! c'est l'art des choses idéales,
Et ses rayons d'argent, d'or, de pourpre et d'azur,
Ne cessent de lancer les deux lueurs égales
Des pensers les plus beaux, de l'amour le plus pur.
Il porte du génie et transmet les empreintes.
Oui, de ce qui survit aux nations éteintes,
C'est lui le plus brillant trésor et le plus dur.
Solitudes que Dieu fit pour le Nouveau Monde, Forêts, vierges encor, dont la voûte profonde A d'étemelles nuits que les brûlants soleils N'éclairent qu'en tremblant par deux rayons vermeils (Car le couchant peut seul et seule peut l'aurore Glisser obliquement au pied du sycomore), Pour qui, dans l'abandon, soupirent vos cyprès ? Pour qui sont épaissis ces joncs luisants et frais ? Quels pas attendez-vous pour fouler vos prairies ? De quels peuples éteints étiez- vous les patries ? Les pieds de vos grands pins, si jeunes et si forts. Sont-ils entrelacés sur la tête des morts ? Et vos gémissements sortent-ils de ces urnes Que trouve l'Indien sous ses pas taciturnes ? Et ces bruits du désert, dans la plaine entendus. Est-ce un soupir dernier des royaumes perdus ? Votre nuit est bien sombre et le vent seul murmure. Une peur inconnue accable la nature.
Les oiseaux sont cachés dans le creux des pins noirs. Et tous les animaux ferment leurs reposoirs Sous l'écorce, ou la mousse, ou parmi les racines, Ou dans le creux profond des vieux troncs en ruines. — L'orage sonne au loin, le bois va se courber. De larges gouttes d'eau commencent à tomber ; Le combat se prépare et l'immense ravage Entre la nue ardente et la forêt sauvage.
— Qui donc cherche sa route en ces bois ténébreux ? Une pauvre Indienne au visage fiévreux,
Pâle et portant au sein un faible enfant qui pleure. Sur un sapin tombé, pont tremblant qu'elle effleure, Elle passe, et sa main tient sur l'épaule un poids Qu'elle baise : autre enfant pendu comme un carquois. Malgré sa volonté, sa jeunesse et sa force, Elle frissonne encor sous le pagne d'écorce Et tient sur ses deux fils la laine aux plis épais. Sa tunique et son lit dans la guerre et la paix.
— Après avoir longtemps examiné les herbes Et la trace des pieds sur leurs épaisses gerbes Ou sur le sable fin des ruisseaux abondants, Elle s'arrête et cherche avec des yeux ardents Quel chemin a suivi dans les feuilles froissées
L'homme de la Peau-Rouge aux guerres insensées.
Comme la lice errante, affamée et chassant,
Elle flaire l'odeur du sauvage passant,
Indien, ennemi de sa race indienne,
Et de qui la famille a massacré la sienne.
Elle écoute, regarde et respire à la fois
La marche des Hurons sur les feuilles des bois ;
Un cri lointain l'effraye, et dans la forêt verte
Elle s'enfonce enfin par une route ouverte.
Elle sait que les blancs, par le fer et le feu.
Ont troué ces grands bois semés des mains de Dieu,
Et, promenant au loin la flamme qui calcine,
Pour labourer la terre ont brûlé la racine,
L'arbre et les joncs touffus que le fleuve arrosait.
Ces Anglais qu'autrefois sa tribu méprisait
Sont maîtres sur sa terre, et l'Osage indocile
Va chercher leur foyer pour demander asile.
Elle entre en une allée où d'abord elle voit
La barrière d'un parc. — Un chemin large et droit
Conduit à la maison de forme britannique.
Où le bois est cloué dans les angles de brique,
Où le toit invisible entre un double rempart
S'enfonce, où le charbon fimie de toute part,
Où tout est clos et sain, où vient blanche et luisante S'unir à l'ordre froid la propreté décente. Fermée à l'ennemi, la maison s'ouvre au jour. Légère comme un kiosk, forte comme une tour. Le chien de Terre-Neuve y hurle près des portes. Et des blonds serviteurs les agiles cohortes S'empressent en silence aux travaux familiers. Et, les plateaux en main, montent les escaliers. Deux filles de six ans aux lèvres ingénues Attachaient des rubans sur leurs épaules nues ; Mais, voyant l'Indienne, elles courent ; leur main L'appelle et l'introduit par le large chemin Dont elles ont ouvert, à deux bras, la barrière ; Et caressant déjà la pâle aventurière : « As-tu de beaux colliers d'azaléa pour nous ? « Ces mocassins musqués, si jolis et si doux, « Que ma mère à ses pieds ne veut d'autre chaussure ? « Et les peaux de castor, les a-t-on sans morsure ? « Vends-tu le lait des noix et la sagamité ^ ? « Le pain anglais n'a pas tant de suavité. «C'est Noël aujourd'hui, Noël est notre fête, « A nous, enfants ; vois-tu ? la Bible est déjà prête ; « Devant l'orgue ma mère et nos sœurs vont s'asseoir, « Mon frère est sur la porte et mon père au parloir. » L'Indienne aux grands yeux leur sourit sans répondre, Regarde tristement cette maison de Londre 1 Pâte de maïs.
Que le vent malfaiteur apporta dans ses bois,
Au lieu d'y balancer le hamac d'autrefois.
Mais elle entre à grands pas, de cet air calme et grave
Près duquel tout regard est un regard d'esclave.
Le parloir est ouvert, un pupitre au milieu ;
Le père y lit la Bible à tous les gens du lieu,
Sa femme et ses enfants sont debout et l'écoutent.
Et des chasseurs de daims, que les Hurons redoutent.
Défricheurs de forêts et tueiu-s de bison,
Valets et labotueurs, composent la maison.
Le maître est jeune et blond, vêtu de noir, sévère
D'aspect, et d'un maintien qui veut qu'on le révère.
L'Anglais- Américain, nomade et protestant.
Pontife en sa maison, y porte, en l'habitant.
Un seul hvre, et partout où, pour l'heure, il réside.
De toute question sa papauté décide :
Sa famille est croyante, et, sans autels, il sert,
Prêtre et père à la fois, son Dieu dans un désert.
Celui qui règne ici d'une façon hautaine
N'a point voulu parer sa maison puritaine ;
Mais l'œil trouve un miroir sur les aciers bnmis.
La main se réfléchit sur les meubles vernis ;
Nul tableau sur les murs ne fait briller l'image
D'irn pays merveilleux, d'un grand homme ou d'un sage,
Mais, sous un cristal pur, orné d'un noir feston. Un billet en dix mots qu'écrivit Washington. Quelques livres rangés, dont le premier Shakspeare (Car des deux bords anglais ses deux pieds ont l'empire), Attendent dans un angle, à leur taille ajusté, Les lectures du soir et les heures du thé. Tout est prêt et rangé dans sa juste mesure. Et la maltresse, assise au coin d'une embrasure. D'un sourire angélique et d'un doigt gracieux. Fait signe à ses enfants de baisser leurs beaux yeux.
— La sauvage Indienne au milieu d'eux s'avance : « Salut, maître. Moi, femme et seule en ta présence, Je te viens demander asile en ta maison ; Nourris mes deux enfants ; tiens-moi, dans ta prison, Esclave de tes fils et de tes filles blanches, Car ma tribu n'est plus, et ses dernières branches Sont mortes. Les Hurons, cette nuit, ont scalpé Mes frères ; mon mari ne s'est point échappé ; Nos hameaux sont brûlés comme aussi la prairie. J'ai sauvé mes deux fils à travers la tuerie ; Je n'ai plus de hamac, je n'ai plus de maïs. Je n'ai plus de parents, je n'ai plus de pays. »
— Elle dit sans pleurer et sur le seuil se pose,
Sans que sa ferme voix ajoute aucune chose.
I^ maître, d'un regard intelligent, humain,
Interroge sa femme en lui serrant la main.
« Ma sœur, dit-il ensuite, entre dans ma famille ;
Tes pères ne sont plus ; que leur dernière fille
Soit sous mon toit solide accueillie, et chez moi
Tes enfants grandiront innocents comme toi ;
Ils apprendront de nous, travailleurs, que la terre
Est sacrée et confère un droit héréditaire
A celui qui la sert de son bras endurci.
Caln le laboureur a sa revanche ici,
Et le chasseur Abel va, dans ses forêts vides.
Voir errer et mourir ses familles livides,
Comme des loups perdus qui se mordent entre eux,
Aveuglés par la rage, affamés, malheureux,
Sauvages animaux sans but, sans loi, sans âme,
Pour avoir dédaigné le Travail et la Femme.
« Hommes à la peau rouge ! Enfants, qu'avez-vous fait ? Dans l'air d'une maison votre cœur étouffait, Vous haïssiez la paix, l'ordre et les lois civiles Et la sainte union des peuples dans les villes. Et vous voilà cernés dans l'anneau grandissant. C'est la loi qui, sur vous, s'avance en vous pressant. La loi d'Europe est lourde, impassible et robuste ;
Mais son cercle est divin, car au centre est le Juste. Sur les deux bords des mers vois-tu de tout côté S'établir lentement cette grave beauté ? Prudente fée, elle a, dans sa marche cyclique, Sur chacun de ses pas mis une république. Elle dit, en fondant chaque neuve cité : « Vous m'appelez la Loi, je suis la Liberté. » Sur le haut des grands monts, sur toutes les collines. De la Louisiane aux deux sœurs Carolines, L'œil de l'Européen qui l'aime et la connaît Sait voir planer de loin sa pique et son bonnet. Son bonnet phrygien, cette pourpre où s'attache. Pour abattre les bois, une puissante hache. Moi, simple pionnier, au nom de la raison, J'ai planté cette pique au seuil de ma maison, Et j'ai, tout au milieu des forêts inconnues. Avec ce fer de hache ouvert des avenues ; Mes fils, puis, après eux, leurs fils et leurs neveux. Faucheront tout le reste avec leurs bras nerveux. Et la terre où je suis doit être aussi leur terre ; Car de la sainte Loi tel est le caractère. Qu'elle a de la Nature interprété les cris. Tourne sur tes enfants tes grands yeux attendris, Ma sœur, et sur ton sein. — Cherche bien si la vie Y coule pour toi seule. — Es-tu donc assouvie Quand brille la santé sur ton front triomphant ? — Que dit le sein fécond de la mère à l'enfant ?
Que disent, en tombant des veines azurées,
Que disent, en courant, les gouttes épurées ?
Que dit le cœur qui bat et les pousse à grands flots ?
— Ah ! le sein et le cœur, dans les divins sanglots
Où les soupirs d'amour aux douleurs se confondent,
Aux morsures d'enfant le cœur, le sein répondent :
« A toi mon âme, à toi ma vie, à toi mon sang
« Qui du cœur de ma mère au fond du tien descend,
« Et n'a passé par moi, par mes chastes mamelles,
« Qu'issu du philtre pur des sources maternelles ;
« Que tout ce qui fut mien soit tien, ainsi que lui ! »
«Oui ! dit la blonde Anglaise en l'interrompant. — Oui ! 9 Répéta l'Indienne en offrant le breuvage De son sein nud et brun à son enfant sauvage Tandis que l'autre fils lui tendait les deux bras.
« Sois donc notre convive, avec nous tu vivras. Poursuivit le jeime homme, et peut-être chrétienne 1 Un jour, ma forte loi, femme, sera la tienne. Et tu célébreras avec nous, tes amis, La fête de Noël au foyer de tes fils. »
Le désert est muet, la tente est solitaire.
Quel pasteur courageux la dressa sur la terre
Du sable et des lions ? — La nuit n'a ^s calmé
La fournaise du jour dont l'air est enflammé.
Un vent léger s'élève à l'horizon et ride
Les flots de la poussière ainsi qu'un lac limpide.
Le lin blanc de la tente est bercé mollement ;
L'œuf d'autruche, allumé, veille paisiblement.
Des voyageurs voilés intérieure étoile,
Et jette longuement deux ombres sur la toile.
L'une est grande et superbe, et l'autre est à ses pieds :
C'est Dalila, l'esclave, et ses bras sont Ués
Aux genoux réunis du maître jeune et grave
Dont la force divine obéit à l'esclave.
Comme un doux léopard elle est souple et répand
Ses cheveux dénoués aux pieds de son amant.
Ses grands yeux, entr'ouverts comme s'ouvre l'amande.
Sont brûlants du plaisir que son regard demande.
Et jettent, par éclats, leurs mobiles lueurs. Ses bras fins tout mouillés de tièdes sueurs. Ses pieds voluptueux qui sont croisés sous elle. Ses flancs, plus élancés que ceux de la gazelle, ' Pressés de bracelets, d'anneaux, de boucles d'or. Sont bruns, et, comme il sied aux filles de Hatsor, Ses deux seins, tout chargés d'amulettes anciennes, Sont chastement pressés d'étoffes syriennes.
Les genoux de Samson fortement sont unis Comme les deux genoux du colosse Anubis. Elle s'endort sans force et riante et bercée Par la puissante main sous sa tête placée. Lui, murmure le chant funèbre et douloureux Prononcé dans la gorge avec des mots hébreux. Elle ne comprend pas la parole étrangère. Mais le chant verse un somme en sa tête légère.
« Une lutte étemelle en tout temps, en tout lieu, Se livre sur la terre, en présence de Dieu, Entre la bonté d'Homme et la ruse de Femme, Car la fenmie est un être impur de corps et d'âme.
« L'Homme a toujours besoin de caresse et d'amour. Sa mère l'en abreuve alors qu'il vient au jour
Et ce bras le premier l'engourdit, le balance Et lui donne un désir d'amour et d'indolence. Troublé dans l'action, troublé dans le dessein. Il rêvera partout à la chaleur du sein, Aux chansons de la nuit, aux baisers de l'aurore, A la lèvre de feu que sa lèvre dévore. Aux cheveux dénoués qui roulent sur son front. Et les regrets du lit, en marchant, le suivront. Il ira dans la ville, et, là, les vierges folles Le prendront dans leurs lacs aux premières paroles. Plus fort il sera né, mieux il sera vaincu. Car plus le fleuve est grand et plus il est ému. Quand le combat que Dieu fit pour la créature Et contre son semblable et contre la nature Force l'Homme à chercher un sein où reposer. Quand ses yeux sont en pleurs, il lui faut un baiser. Mais il n'a pas encor fini toute sa tâche : Vient un autre combat plus secret, traître et lâche ; Sous son bras, sur son cœur se livre celui-là ; Et, plus ou moins, la Femme est toujours Dalila.
« Elle rit et triomphe ; en sa froideur savante,
Au milieu de ses sœurs elle attend et se vante
De ne rien éprouver des atteintes du feu.
A sa plus belle amie elle en a fait l'aveu :
Elle se fait aimer sans aimer elle-même ;
Un maître lui fait peur. C'est le plaisir qu'elle aime ;
L'Homme est rude et le prend sans savoir le donner. Un sacrifice illustre et fait pour étonner Rehausse mieux que l'or, aux yeux de ses pareilles, La beauté qui produit tant d'étranges merveilles Et d'un sang précieux sait arroser ses pas.
— Donc, ce que j'ai voulu. Seigneur, n'existe pas ! — Celle à qui va l'amour et de qui vient la vie, Celle-là, par orgueil, se fait notre ennemie.
La Femme est, à présent, pire que dans ces temps
Où, voyant les humaines. Dieu dit : « Je me repens ! »
Bientôt, se retirant dans un hideux royaume,
La Femme aura Gomorrhe et l'Homme aura Sodome ;
Et, se jetant, de loin, un regard irrité,
Les deux sexes mourront chacun de son côté.
« Étemel ! Dieu des forts ! vous savez que mon âme N'avait pour ahment que l'amour d'une femme. Puisant dans l'amour seul plus de sainte vigueur Que mes cheveux divins n'en donnaient à mon cœur.
— Jugez-nous. — La voilà sur mes pieds endormie. Trois fois elle a vendu mes secrets et ma vie.
Et trois fois a versé des pleurs fallacieux Oui n'ont pu me cacher la rage de ses yeux ; Honteuse qu'elle était plus encor qu'étonnée De se voir découverte ensemble et pardonnée ; Car la bonté de l'Homme est forte, et sa douceur Écrase, en l'absolvant, l'être faible et menteur.
« Mais enfin je suis las. J'ai l'âme si pesante, Que mon corps gigantesque et ma tête puissante Qui soutiennent le poids des colonnes d'airain Ne la peuvent porter avec tout son chagrin. Toujours voir serpenter la vipère dorée Qui se traîne en sa fange et s'y croit ignorée ; Toujours ce compagnon dont le cœur n'est pas sûr, La Femme, enfant malade et douze fois impur ! Toujours mettre sa force à garder sa colère Dans son cœur offensé, comme en un sanctuaire D'où le feu s'échappant irait tout dévorer ; Interdire à ses yeux de voir ou de pleurer. C'est trop ! Dieu, s'il le veut, peut balayer ma cendre. J'ai donné mon secret, Dalila va le vendre. Qu'ils seront beaux les pieds de celui qui viendra Pour m 'annoncer la mort ! — Ce qui sera, sera ! !> Il dit et s'endormit près d'elle jusqu'à l'heure Où les guerriers, tremblant d'être dans sa demeure. Payant au poids de l'or chacun de ses cheveux. Attachèrent ses mains et brûlèrent ses yeux. Le traînèrent sanglant et chargé d'une chaîne Que douze grands taureaux ne tiraient qu'avec peine. Le placèrent debout, silencieusement, Devant Dagon, leur Dieu, qui gémit sourdement Et deux fois, en tournant, recula sur sa base Et fit pâlir deux fois ses prêtres en extase. Allumèrent l'encens, dressèrent un festin
Dont le bruit s'étendait du mont le plus lointain ;
Et près de la génisse aux pieds du Dieu tuée
Placèrent Dalila, pâle prostituée,
Couronnée, adorée et reine du repas.
Mais tremblante et disant : Il ne me verra pas !
Terre et ciel ! avez-vous tressailli d'allégresse Lorsque vous avez vu la menteuse maîtresse Suivre d'un œil hagard les yeux tachés de sang Qui cherchaient le soleil d'un regard impuissant ? Et quand enfin Samson, secouant les colonnes Qui faisaient le soutien des immenses Pylônes, Écrasa d'un seul coup, sous les débris mortels, Ses trois mille ennemis, leurs dieux et leurs autels ?
Terre et ciel ! punissez par de telles justices
La trahison ourdie en des amours factices,
Et la délation du secret de nos cœurs
Arraché dans nos bras par des baisers menteurs.
Écrit à Shavington (Angleterre), 7 avril 1839,