CHANT DE SUZANNE AU BAIN
De l'époux bien-aimé n'entends-je pas la voix ? Oui, pareil au chevreuil, le voici, je le vois. Il reparait joyeux sur le haut des montagnes. Bondit sur la colline et passe les campagnes.
Oh ! fortifiez-moi ! mêlez des fruits aux fleurs ! Car je languis d'amour et j'ai versé des pleurs. J'ai cherché dans les nuits, à l'aide de la flamme, Celui qui fait ma joie et que chérit mon âme.
Oh ! comment à ma couche est-il donc enlevé ?
Je l'ai cherché partout et ne l'ai pas trouvé.
Mon époux est pour moi comme un collier de myrrhe.
Qu'il dorme sur mon sein, je l'aime et je l'admire.
Il est blanc entre mille et brille le premier ;
Ses cheveux sont pareils aux rameaux du palmier ;
A l'ombre du palmier je me suis reposée,
Et du nard précieux ma tête est arrosée.
Je préfère sa bouche aux grappes d'Engaddi, Qui tempèrent, dans l'or, le soleil du midi.
CHANT DE SUZANNE AU BAIN 341 Qu'à m'entourer d'amour son bras gauche s'apprête Et que de sa main droite il soutienne ma tête !
Quand son cœur sur le mien bat dans un doux transport Je me meurs, car l'amoiu: est fort comme la mort ! Si mes cheveux sont noirs, moi je suis blanche et belle. Et jamais à sa voix mon âme n'est rebelle.
Je sais que la sagesse est plus que la beauté. Je sais que le sourire est plein de vanité, Je sais la femme forte et veux suivre sa voie : « Elle a cherché la laine, et le hn et la soie :
« Ses doigts ingénieux ont travaillé longtemps, « Elle partage à tous et l'ouvrage et le temps ; « Ses fuseaux ont tissé la toile d'Idumée ; « Le passant dans la nuit voit sa lampe allimiée.
a Sa main est pleine d'or et s'ouvre à l'indigent ; c Elle a de la bonté le langage indulgent : « Ses fils l'ont dite heureuse et de force douée, « Ils se sont levés tous et tous l'ont embrassée.
« Sa bouche sourira lors de son dernier jour. » Lorsque j'ai dit ces mots, plein d'un nouvel amour. De ses bras parfumés mon époux m'environne, Il m'appelle sa sœur, sa gloire et sa couronne.
342 ALFÏŒD DE VIGNY