‹ PoésiesChapitre 65 sur 71 · LE BATEAU · texte numérisé non relu

LE BATEAU

Viens sur la mer, jeune fille ;

Sois sans effroi.

Viens, sans trésor, sans famille.

Seule avec moi.

Mon bateau sur les eaux brille ;

Vois ses mâts, voi Son pavillon et sa quille.

Ce n'est rien qu'une coquille.

Mais j'y suis roi.

Que l'eau s'élève et frissonne

De toutes parts ; Que le vent tourne et bourdonne

Dans ses brouillards ; Aux flots comme aux vents j'ordonne.

Plus de regards.

Plus de mur qui t'environne !

Personne avec nous, personne Que les hasards !

Pour l'esclave Dieu fit la terre,

O ma beauté !

Mais pour l'homme libre, austère.

L'immensité !

Chaque flot sait un mystère

De volupté.

Leur soupir involontaire Veut dire : Amour solitaire !

Et Liberté !

Une ancre sur le sable, un cordage fragile Te retiennent au port et pourtant, beau vaisseau. Deux fois l'onde en fuyant te laisse sur l'argile. Et deux fois, ranimé, tu flottes plus agile Chaque jour au retour de l'eau !

Comme toi, l'homme en vain fuit, se cache ou s'exile : La vie encor souvent le trouble au fond du port. L'élève, puis l'abaisse, ou rebelle ou docile ; Car la force n'est rien, car il n'est point d'asile Contre l'onde et contre le sort.

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