POETE FOL
C’est, par les airs, un entassement sombre De nuages. Horrible mont!
L’étang joncheux, miroir d’un val profond, S’est éteint dans un reflet d’ombre.
Comme vite au jour pâle vont.
Là-haut, ees vols d’ailes noires sans nombre Un éclair heurte une nuée, et sombre !
Et tout le ciel en eau se fond . . .
Mais le poète a doux martel en tête.
Ses yeux rêveurs ne voient pas la tempête Ruisseler aux sentiers couverts.
Ni les vents tordre en un chaos les branches. Enveloppé de foudre aux flammes blanches. Il cisèle, impassible, un vers.
SONNETS
NOMININGUE
(Grand lac Nominlngue, province de Québec).
C’est, en forêt* un lae où règne un grand silence.
Vingt monts aux noirs sommets soutiennent son bassin Une île çà et là — tel un pâle dessin —
S’estompe à peine, au ras du flot qui se balance.
a* aie
Des grèves sans roseaux; au loin l’admirable ans»
Où s’éveille le jour comme sur un beau sein;
Puis des bois s’accrochant aux rochers, sombre essaim ;
Puis d’autres en haut, droits comme des fûts de lance.
11 n’est que ce tableau. Mais quelquefois, pourtant, Ces bords, partout muets, s’animent un instant :
Un cerf paraît, qui nage en renversant sa tête.
Il brame avec douceur dans les clartés du soir. On dirait un tremblant cantique de la bête.
Aux êtres sans raison Dieu se laisse-t-il voir ?
SONNETS