‹ Poésies (volume 2)Chapitre 9 sur 32 · FOLLE GAGEURE · texte numérisé non relu

FOLLE GAGEURE

L’aurore Colore D’un fin Carmin Les nues Menues . . .

Que l’air Est clair !

Ni brume Qui fume.

Ni vent Levant A pleine Haleine Les bruns Embruns.

Limpide, Sans ride, L’eau luit Qui fuit Très floue.

Et joue Au pur Azur.

La baie

S'égaie

Sous les

Reflets

D'aurore

Encore

Lilas

Là-bas.

Une île Effile Sur leur Pâleur Sa grève De rêve Aux beaux Roseaux.

FOLLE GAGEU8E.

Mon âme Réclame,

O cher Et fier

Corps mièvre.

Ta lèvre Au pli Pâli.

Ta lèvre Sans fièvre Sourit Et dit :

“ Ces hommes Nous sommes Bien vieux Tous deux”.

Qu’importe ! Je porte Vingt ans.

Le temps, Mignonne, Redonne Vigueur Au cœur.

L’on s’aime Mieux même.

Hiver M’est cher.

Et bise Attise Des feux Heureux.

Toi, vive, Captive Son pas Plus las!

Fais douces Tes mousses, Aux lourds Velours !

Les branches Sont blanches De fleurs En pleurs.

J’ai l’âme En flamme.

C’est jour D’amour.

LE PORTE-DRAPEAU

LE PORTE-DRAPEAU

LE PORTE-DRAPEAU

(Pendant l’invasion des FéniensJ

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Le jour paraît, bats la diane,

Tambour, trois roulements d’éclat!

Avec la horde féniane Nous allons avoir un combat.

Toi qui chantais : vive la guerre !

Mon petit tambour, as-tu peur?

— Peur ? vous ne me connaissez guère ;

Que Ton m’envoie en éclaireur!....

Héros de Ohâteauguay, héros de Carillon, Voyez comment vos fils chassent l’invasion ! . . .

Un aigle a fui de ce roc sombre.

Alerte! on monte le coteau.

Ah ! les ennemis pont en nombre.

Je vais déployer le drapeau....

A la brise qui te balance.

Mon enseigne, rouvre des plis.

A Châteauguay sur l’abatis,

Une balle a brisé ta lance.

Héros de Châteauguay, héros de Carillon, Voyez comment vos fils chassent l’invasion !

A cette hampe la victoire Suspendra des lauriers nouveaux...

Et moi, je me couvre de gloire En me drapant dans ces lambeaux.

Dieu ! la fusillade flamboie !...

Allons, noble bannière, allons !

J’entends crépiter les grêlons,

Les balles qui percent la soie.

Héros de Châteauguay, héros de Carillon. Voyez comment vos fils chassent l’invasion!

LE PORTE-DRAPEAU

Qu’on mette au vent les baïonnettes !

Et chargeons ces vils maraudeurs !

Déjà leurs bandes inquiètes Poussent de plus faibles clameurs.

Ne tirez pas, abordons vite.

Car les brigands vont lâcher pié . . .

Au chef ! au chef ! il prend la fuite Par les ravins, le dos plié. . .

Héros de Châteauguay, héros de Carillon. Voyez comment vos fils chassent l’invasion

Tambour, mon ami, sonne ferme !...

Mais ne me cache pas, coquin !

La poursuite touche à son terme . . .

Ils en ont sur le casaquin !...

Traîtres, la lutte est inutile,

Vous êtes vaincus, rendez-yous,

Ou bien nous vous assommdns tous !...

Jetez là vos armes en pile !...

Héros de Châteauguay, héros de Carillon, Voyez comment vos fils chassent l’invasion

Victoire !... des hommes perfides Voulaient envahir nos foyers ;

Le ciel punit les fratricides,

Nous avons fait cent prisonniers !...

Victoire !... nos jeunes milices Ont eu le baptême du feu . . .

L'enseigne est trouée au milieu.

Pour moi, j'aurai deux cicatrices !...

Héros de Châteauguay, héros de Carillon, Voyez comment vos fils chassent l’invasion

AIMER

AIMER

AIMER

A Mademoiselle Augustine P. . .

Ecoute. Afin que toute chose Pour l’homme ait du charme ici-bas, Dieu donne à nos vallons la rose,

A l’aube des rayons lilas.

Dieu fait d’aimer une loi même :

Dans l’ombre du cœur c’est écrit.

Ainsi que l’on boit l’air on aime.

On aime ainsi que l’on sourit.

Le papillon à l’asphodèle,

Sais-tu ce qu’il dit ? — Aimons-nous ! Et la blanche fleur sur son aile Répand son parfum le plus doux.

Ouvre donc la cage à ton âme.

Aime : l’amour, c’est du bonheur.

Prête l’oreille aux mots de flamme Qui font les surprises du cœur.

AIMER

La montagne a le chant des nâtres, L’océan vert, les goélands,

La grève, les galets bleuâtres.

Et cette vie a son printemps !

O soleils d’or ! jeunesse pure !

Comme alors les sentiers sont verts !

Les heures que cet âge azuré Ont le chant léger des flots claire.

Mais les heures sont fugitives.

Où sont-elles? dit- on un jour.

Or la saison des aubes vives Est aussi celle de l’amour.

Aime, pour qu'au bal qui flamboie.

Dans nos veilles sous le treillis.

On se dise : Comme la joie Donne du charme à son souris !

Mais il est des hommes étranges Qui font parfois cesser les jeux.

Ctarde-toi de ces mauvais anges, Esprits sombres, cœurs envieux.

Vois-tu, de cette fleur brisée Pour toi dans l'herbe ce matin.

S’il tombait des pleurs de rosée, Ils diraient: voilà ton destin !

AIMEE

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Enfant, de ces esprits moroses N’écoute jamais les discours. . .

Pour moi, j’environne de roses La coupe belle de tes jours.

OCTOBRE

OCTOBBE.

OCTOBIE

Ah ! l'air de deuil que tout respire ! . . . C’est le mois des dernières fleurs Où le rayon, ce beau sourire,

Toujours s’éteint mouillé de pleurs ;

Où les vagues sont plus profondes, Où l’ombre est pleine de frimas,

Où les aubes sont infécondes,

Où le ciel frissonne de glas.

L’Astre comme vide de flammes, Naît et déjà tombe des deux.

La tristesse envahit les âmes ; Les fronts jeunes sont soucieux.

Le nocher à la chanson lente, En jetant de ses bras lassés L’ancre sous la proue oscillante, S’inquiète des flots glacés.

OCTOBRE

Les gais bûcherons dont sans cesse Sonne le fer, couvrent les voix :

Ah ! disent-ils, quelle tristesse !

Comme se lamentent les bois !

Le pâtre, par le sentier rude Poussant son troupeau rallié.

Traverse l’âpre solitude A grands pas et le corps plié..

O terreur ! des spectres difformes Sont accroupis dans les ravins . . .

Non, c’est l’ombre qui prend ces formes Au pied des sinistres sapins. . .

Les hameaux, asiles champêtres,

Sont sans charmes, presque sans voix.

Plus de roses sous les fenêtres !

Plus d’hirondelles sur les toits.

La vitre bleue à la lumière Reste close au matin qui luit.

La porte moins hospitalière Sur nos pas retombe avec bruit . . .

Pieds nus et blessés par les chaumes.

Un pauvre enfant au doux profil S’en vient à moi. — Voici des baumes, Achetez-les, soupire-t-il.

OCTOBRE

Et comme dans mes mains hâtées Avec émotion je prends Vulnéraires, herbes vantées.

Et résine à l’odeur d’encens,

Il me dit qu’un soir sur la lande L’orage grêla leur maison ;

Le mal fut grand ; il me demande Du blé, du pain, un faible don.

Automne, automne, reine au lourd manteau de brume, Ta beauté trop sévère est sans charme pour moi.

Ah ! qu’un autre au long bruit d’un orage qui fume Chante le dur grésil bondissant devant toi.

Je n’aime que les pleurs de l’aurore embrasée, Tout oiseau, toute fleur, et le céleste azur.

Les oiseaux, ils ont fui ; la fleur, tu l’as brisée. Et dans les vallons nus traîne un rayon obscur.

Quand tu parais, adieu les sourires sans nombie Qui flottaient par le ciel et la terre et les cœurs . . . Fleur éclose du soleil, ma gaîté meurt dans l'ombre Rends-lui les beaux matins et leurs douces lueurs.

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