‹ PoésiesChapitre 1 sur 8 · Poésies · texte numérisé non relu

Poésies

Du saut au Récollet la rumeur solennelle Semble échapper au temps qui ne la peut lasser; Son onde sans repos se cabre, s'échevèle; Mais, dans l'ombre, on n'en voit que l'écvune passer.

Sous les astres le vent pousse de noirs nuages Dont vaguement la lune éclaire les ajours; Et son souffle nocturne, agitant les feuillages. N'en tire que des sons monotones et sourds.

C'est l'heure où le sommeil ouvre la porte aux songes. Où passent dans les airs les canots d'hivernants *; L'heure des feux follets, aériens mensonges, Des récits oii l'aïeul parle de revenants.

Le saut gronde, sournois comme aux temps des sauvages. C'est ici que l'un d'eux noya le récollet. Quel appel au secours attrista ce rivage ! Hélas! l'écho moqueiu- à son tour appelait.

Un canotier huron descend, avec le père, L'endroit où le rapide est le plus orageux; Soudain il le saisit et, sourd à sa prière, Brutalement le jette aux courants furieux.

Un jeune baptisé monte aussi la nacelle, Et le même païen lui fait le même sort. Le prêtre le guidait vers la vie étemelle ; Un infernal courroux les unit dans la mort.

' Nos grands pères donnaient encore au milieu du siècle dernier le nom d'hivernants à ceux qui allaient passer l'hiver ou même plusieurs années au service de la compagnie de la Baie-d'Hudson ou de celle du Nord-Ouest. On les accusait de faire avec les sauvages du sortilège, et l'on croyait les entendre passer, le soir, en canot, dans les airs, avec leurs chiens hurlants. Des aérolithes durent tomber nombreux il y a quelque cent ans tt donner lieu à cette légende si répandue, car on en a vu récemment dont le tournoiement produisait dans les airs des bruits assez semblables au clabaudage d'une meute.

Page 1