ÉLÉGIE SUR LES BRAVES TOMBÉS AU LONG-SAULT
O sublimes héros, vous êtes là gisants, Après avoir livré des combats de géants!
De cette chute, hélas! pas un ne se relève. Vos transports valeureux ne sont donc plus qu'un rêve ! Que vous étiez vaillants ! Que d'hommes résolus N'ont pu voir sans trembler vos faces intrépides! Que d'éclairs ont jailli de vos glaives rapides, Et vous ne bougez plus !
Le funèbre Faucheur vous a couchés par terre. Le soir jette sur vous im linceul de mystère. C'est bien fini . . . Vos cœurs qui palpitaient si fort
156 AUX TEMPS héroïques
N'ont plus ni battements, ni force, ni courage. Vous vous êtes fanés comme un tendre feuillage Au vent glacé du nord.
Vous n'avez plus d'attrait pour vos bonnes épées; Vos mousquets sont là, froids, près de vos mains crispées ; De sinistres oiseaux, acharnés à vos corps. Sous vos regards figés dans im calme tragique. Déchirent de levirs becs votre chair héroïque Ah ! vous êtes bien morts !
Loin de la douce terre où coula votre enfance, Dormez dans cet exil de la Nouvelle-France . . . Anges des bons combats, allez dire à leur roi Que leur vertu, semblable à l'étoile qui tombe, Redoubla de splendetu* stu" le bord de la tombe Qu'ils virent sans effroi.
Vous aviez de grands coeurs, vous aviez l'âme fière; Liés par le serment sublime et volontaire De vaincre ou de mourir, vous cherchiez l'ennemi. Victimes, le trépas vous a trouvés sans crainte, Et lorsqu'il vous broyait d'une suprême étreinte, Pas un seul n'a gémi.