‹ PoésiesChapitre 8 sur 8 · LA GRANDE PLAIE DU MISSISSIPI · texte numérisé non relu

LA GRANDE PLAIE DU MISSISSIPI

Nous en avons plein les oreilles, Plein les narines et les yeux :

Les ruches n'ont pas plus d'abeilles, Et pas plus d'étoiles les cieux.

Nos gens, avec de la rainée, En jurant comme des démons, Font une infernale fumée Qui m'aide à faire mes sermons.

Car, seuls, des nuages opaques A rendre jaloux les volcans, Peuvent nous soustraire aux attaques De ces vampires voltigeants.

Oh! l'affreux remède! je doute Qu'il vaille un peu mieux que le mal, Et qu'on puisse, en telle redoute, Oublier qu'on est animal.

Vienne la paix du crépuscule, Les maringouins se font brouillards :

Belle nuit dont le vestibule Se remplit d'invisibles dards !

25<) AUX TEMPS héroïques

On se croit seul sous sa couverte ; Déjà les bois sont endormis ; Feime-t-on l'œil: zin, zin! Alerte!

On couche avec des ennemis.

Il en suffit de trois ou quatre Qui vous dévorent à huis-clos.

Pour vous obliger à combattre.

Et mêler la guerre au repos.

C'est en riant que je m'irrite, Car je ne souhaite rien moins Que d'être privé de mérite Par le démon des maringouins.

£e Cbatcau Ramczay

Le vieux Château dont chaque pierre Si muette pourrait parler, Voit tout ce qui meurt, en poussière.

Depuis deux siècles s'en aller.

Dans cette envahissante absence, Triste, il se montre hospitalier Pour ce qui rappelle en silence Un temps qu'il ne peut oublier.

Cet ancien blasé sur la gloire Autant que sevré de plaisirs, Laisse chanter dans sa mémoire Un poème de souvenirs.

La joie, ayant débordé l'urne.

Y laissa plus de place au deuil, Sans que le chagrin taciturne En ait pu faire un froid cercueil.

Sa morosité cache une âme :

Celle d'un antique seigneur.

Ses fenêtres ont de la flamme ; Dans ses pierres palpite un cœur.

Dans ce bon cœur, la châtelaine Avec sa couronne d'enfants, Famille qu'il avait fait sienne.

Logent et sont encor vivants.

Les échos des temps héroïques.

De cette espèce d'âge d'or Plein d'enthousiasmes épiques.

Dans ses murs frémissent encor.

Il revoit, dans leurs beaux costumes De parade et de grand gala, Et coiffés de chapeaux à plumes, Les officiers de ce temps-là.

Tous braves, sabreurs émérites Et d'ime gaîté de printemps.

Ignorant presque les limites Entre les salons et les camps.

Devant sa large cheminée, Ensemble, ils causèrent souvent, Le soir d'une rude joiu*née.

Lorsque dehors sifflait le vent.

Alors, pendant qu'une voix claire Où sonnait l'écho du buccin.

Enlaçait un chant militaire Aux doux accords d'un clavecin,

La flamme grimait leurs figures.

Leur rêve les éblouissait.

Et le démon des aventures Par lexus pnmelles regardait.

256 AUX TEMPS héroïques

Les fourreurs chassèrent l'idylle Qui s'aimait chez les Ramezay, Et firent du Château l'asile D'un dieu moins sage qu'avisé.

En dépôt de pelleterie Ils en changèrent le salon Qui lâcha sa galanterie Pour le castor et le vison.

Devant le feu qui, sur la bûche, Dansait, évoquant l'ancien bal, Des barons à plimies d'autruche Tatèrent le divin métal ;

Et, sur la grève, les flottilles Que les vagues faisaient bercer.

Jetèrent des gars et des fïUes Qui passaient les soirs à danser,

Des sagamos coiffés de hures, Drapés de chapes en chevreuil, Et les précieuses fourrures Qu'un marchand caressait de l'oeil.

On couchait sur l'herbe fleurie Les canots peints de vermillon, Venus du saut Sainte-Marie Et peut-être du Nipigon.

Ils reposaient sur leur flanc mince, Comme fatigués du chemin.

Ayant encore sur letir pince L'ombre des flots et du poudrin.

La tente d'écorce légère Rougissait, la nuit, près du feu ; Et la lune pâle, en arrière, La teintait de nacre et de bleu.

Bah! ces heures furent moins douces.

Mais, en ce temps-là, les traiteurs Avaient d'élégantes frimousses, Et les coitreurs de bois, des coeurs.

258 AUX TEMPS héroïques

Le Château noble, aux heure> graves, Lorsque la poudre était dans l'air, S'ouvrait encore poiir les braves Dont l'héroïsme sonnait clair.

Ives succès, aux Français fidèles, Chantaient-ils dans les bois obscurs, On entendait bruire les ailes De la gloire autour de ses murs.

Des officiers de fière mine Lui revenaient de Carillon , Avec du plomb dans la poitrine Et l'auréole autour du front.

Ils disaient que notre ftu*ie

Dont l'Anglais ne raffolait pas,

Enjambait sans forfanterie

Tout l'art de vaincre, en un seul pas.

LE CHATEAU RAMEZAV 259.

Et, SOUS ses lambris, la jeunesse, Pour qui tout finit en chanson.

Rimait parfois une prouesse De la belle ancienne façon.

Un beau soir, en veine de rire, Chantèrent deux jeunes Français ; L'un joua de sa propre lyre, L'autre prit celle de l'Anglais.

Le Français

Anglais, le chagrin t 'étouffe; Poiu-quoi cet air abattu, Lorsque de rire je pouffe ?

Dis-moi. cher ami. qu'as-tu ?

As-tu quelque maladie Que tu n'oses découvrir ?

Ne cache rien, je t'en prie, Car je pourrais te guérir.

L'Anglais

Une mauvaise pituite Qui m'a donné sur le cœur.

Que j'ai négligée ensviite.

2ti0 AUX TEMPS héroïques

Me fait mourir en langueur.

N'as-tu pas de médecine Qui pourrait guérir ce mal ?

Donne-moi quelque racine Poiir m'éviter l'hôpital.

ht Français

Si tu veux faire merveille Et te guérir comme il faut :

Tu prendras ime bouteille De la poudre de Rigaud, Quelques bonbons de Montcalrae, De Villiers un petit grain, De Ligueris une drachme, Et tu guériras certain.

L'Anglais

Je vois bien que tu me railles

Et ne me plains qu'à demi ;

Tu n'as vraiment pas d'entrailles

Et dois être un ennemi.

Tu m'accables d'ironie

Sous le masque d'Arlequin

Je vois ton subtil génie :

Tu parles de Chouaguen.

Le Français

Quoi, l'on t'a pris cette place Qui te fit tant de renom, Et n'avait pas une face Où ne grondât îe canon ; Que recouvrait une voûte Et revêtaient des lambris ; Que flanquait tme redoute Autant d'utiles abris.

L'Anglais

Il est vrai qu'en Angleterre, Nous avions toujours compté De ne pas vous laisser faire, Mais tous nos coups ont raté.

Car vous avez tant d'adresse.

Vos fusils portent si bien Que si l'un ne tue, il blesse, Et les nôtres ne font rien. ^

' Bien qu'il ait fallu corriger presque tous les vers de cette chanson et en refondre plusieurs, elle est authentique et conserve toutes ses qualités. L'auteur a cru devoir y laisser, au nom de Montcalm, un e terminal, et, au mot génie, son sens quelque peu surranné. Elle fut évidemment composée entre la prise de Chouaguen ( 1756 ) et celle de Québec. On la chantait encore, il y a quelques cinquante ans.

On aime à voir voler les nues; Mais, que leur fuite fait penser !

Comme ces belles inconnues, Le plaisir ne fait que passer.

La gloire aussi : sur une branche Ce passereau ne languit pas . . .

De l'Anglais prenant sa revanche Le Manoir entendit les pas.

Tl vît de nouvelles figures.

D'autres couleurs sur les drapeaux; Le parler, l'humeur, les allures Devinrent tristement nouveaux.

On fit de lui plus d'un usage Qu'il subit en pleurant le sien.

11 est maintenant d'un autre âge Et ne veut plus servir à rien :

A rien qui lèse sa noblesse.

Sa séculaire dignité, Et mette à sa belle tristesse Un masque indigne de gaîté.

Devant les hauts toits métalliques, Avides de gratter le ciel, Et les nouveaux transatlantiques.

Il est triste, bien que sans fiel.

Derrière ses canons austères Dont l'im rongé par l'Océan, Et qui de la foudre étaient frères, Il vit silencieusement.

Le temps lui fait son grand mensonge Sans qu'il en fronce les sourcils . . . O fier Château, dis-nous quel songe Tu fais sous tes combles noircis ?

264 AUX TEMPS héroïques

A la Mort lente qui t'isole Ne pouvant enlever sa faulx, Tu recueilles ce que la folle A laissé dans les noirs tombeaux.

Et tu n'es plus qu'une masure Où rongent la rouille et le temps, Où des ancêtres en peinture Vous regardent du fond des ans.

Chez ceux-ci l'hxmieur belliqueuse Dort avec l'éclat de leurs voix ; Autour d'eux la gloire orgueilleuse N'a plus de vent dans ses pavois.

Oui, dans ton émouvant silence.

Les os et les armes : tout dort ; Le divin totem et la lance Se résignent au même sort.

Ici gît la hache de guerre Auprès du caltmiet de paix ; Là des crânes qui, dans la terre, Ont perdu leurs deux yetix suspects,

Le tomahawk à tête dure.

Une vitre le tient reclus; Le panache de la figure Qu'il orna ne se souvient plus.

Les chapelets de porcelaine Qu'interprétait verbalement, Branche par branche, un capitaine, N'ont plus besoin de truchement.

Enfin ,1a massue et l'épée

Qui n'étaient pas toujours d'accord,

Après des luttes d'épopée

N'ont plus de belliqueux transport

Nobles murailles qu'ont flétries Les injures de deux cents ans, Avec vos morts, vos vieilleries.

Vous rendez pensifs les vivants.

Car votre concise éloquence Ne sait que dire : Tout finit Et l'illusion recommence Tous les jours à faire'son nid.

Ce mu €adraR du Séminaire

// se souDÎerU.

Que fait là-haut, coi, solitaire, Sur ce vieux miur sombre, froncé, Ce vieux Cadran couleur de terre ?

— Que fait-il ? — Rien. Que peut-il faire ?

— Il se souvient d'un long passé

Bien délaissé.

270 AUX TEMPS héroïques

Il se tait jusqu'à l'éloquence; Et s'il desserre aussi les dents, li converse de préférence, A cause de l'indifférence Et de la morgue des vivants, Avec les vents.

Ce que ce rêveur peut bien dire, Montréal devrait le savoir.

Le jour sa belle âme transpire.

Car le soleil le fait sourire; Mais il ne parle que le soir, Quand il fait noir.

Emouvante est sa voix éteinte Qu'exaspère son cœur vibrant :

On pourrait comparer la plainte Du bronze qui dans la nuit tinte Et dont le glas s'en va mourant, Au ton qu'il prend.

Une obsédante souvenance

De jours à jamais révolus

Le rend mélancolique : il pense

A leur définitif silence, Et, lourd de regrets superflus, Ne marche plus.

Il dit tout bas: « Mon terme approche; « L'angoisse m'envahit ; je sens (( Mon marteau lourd comme une roche.

« Mes refrains figés dans ma cloche, « Et vois, pensif, sur mes vieux ans « Passer le temps. »

Sait-on que l'hiver en furie Déride ce désenchanté ', . .

Si quelque soir la poudrerie.

Blanchâtre fantasmagorie.

Etend son grand voile agité Sur la cité.

Alors les filles de Mémoire Animent sa face de bois ; Et, comme trêve à l'humeur noire.

L'écho de l'émouvante histoire Que vécut la ville autrefois, Remplit sa voix :

272 AUX TEMPS héroïques

// charde.

« Je n'ai qu'une corde à ma Ijrre, « Et cette corde veut chanter . . .

« Soit!. . . Tu n'auras, mon beau délire, « Que l'ombre et le vent qui soupire « Pour t'écouter. »

« Mes souvenirs aux doux visages, « Consolez-moi quelques instants :

« Vous qu'à l'égal de mes rouages « Je chéris . . . parlantes images « Du bon vieux temps . »

« Reconstruisez Ville-Marie « Avec ses invisibles murs « De foi, d'aplomb, de crânerie, « Qui, refaits en maçonnerie,

« Seraient moins sûrs. »

Sait-on que l'hiver en furie Déride ce désenchanté ? . . .

« On a dit, j'en ai souvenance, « Qu'aux fondateurs le Ciel parlait, « Et leur donnait l'apercevance « Qu'une œuvre, en la Nouvelle-France, « Les appelait. »

« Par-dessus la mer étoilée, « En ce pays d'ombre couvert, « Ils voyaient la ville isolée « Au fond de l'immense vallée « Du fleuve vert. »

« Il ne pouvait naître d'obstacle « Trop grand pour ces hommes pieux, « Forts de l'initial miracle. .

« Ils se confiaient en l'oracle « Tombé des cieiix. »

On leur disait: « Tout l'or d'un prince, « Un régiment de paladins « Et les soldats d'une province, « Appuîraient d'un espoir trop mince « Vos grands desseins. )♦

274 AUX TEMPS héroïques

« Ignorez-vous que la prudence « Est conseillère des projets, « Que le rêve et l'extravagance « Ne poussent pas d'intelligence '( Vers le succès ? »

— « Qu'en savez-vous ?. . . Laissez-nous faire: « L'oiseau peut voler sans effroi; « Ainsi, sans être téméraire, « C'est toujours entre ciel et terre <( Qu'agit la foi. »

« Ecouteuse des altitudes, « Ses calculs où l'or entre peu, « Pleins de divines certitudes , « De bannir les inquiétudes <( Se font un ieu. »

« La Vierge là-bas nous devance .

« Si le colon est massacré, « Ses cendres seront la semence « D'un héroïsme plus intense « Et plus sacré. »

« Voici les pionniers qui toisent « Le mont Royal au front caché « Sous les vieux arbres qui le boisent « Et dont les branches s'entre-croisent, « Et l'air fâché. »

« Ceinte d'un long ruban d'opale, « L'île est morne à faire songer ; « Et dans tout bruit, dans la rafale, « L'écho, la voix de la cigale,

« Gronde un danger. »

« Ces preux, cuirassés d'assurance, « N'ont pas la crainte pour tourment: « Dans lewr sac, en quittant la France, « Ils ont mêlé de l'endurance (( Au dévoûment. »

>76 AUX TEMPS héroïques

« A l'erreur, aux forêts, la guene « Commence, et le sang qu'ont coûté « Nos premières arpents de terre « Vaudrait qu'un génial trouvère « Nous l'ait chanté. »

« Après les haches les araires ; « Les champs s'élargissent; les toits, « Les murs percés de meurtrières, « Se dressent aa prix des misères « Et des exploits. »

H Les oionniers aux fortes âmes « Se battent en fauchant leur grain, « Et leurs enfants comme leurs femmes, « Vivant toujours entre deux drames, « N'ont peur de rien. »

« Aleite! Assaut! On court. . . On tire. . « Plusieurs soldats se font blesser :

« Jeanne Mance saura suffire, « Jour et nuit gardant son sourire, « A les panser. »

LE VIEUX CADRAN DU SÉMINAIRE 2T'i

« Les braves meurent et renaissent « Comme les herbes des pampas.

* Les Iroquois les reconnaissent :

« Le sang de ceux qui disparaissent « Ne tarit pas. »

« Sœur Bourgeoys fait de son école « La pépinière des héros ; « Et, je le dis sans hyperbole, « Elle leur met sous la coupole « Plus que des mots. »

« Dollard dépouille la Victoire ; « Il sauve en tombant Montréal, « Et, sans rêver d'une autre gloire.

« Ajoute une page à l'histoire « De l'idéal. »

« Closse, autre héros d'épopée, « Fait mille coups d'audace, et mort, « La horde hostile dissipée « Au tlamboîment de <^on épée « Le craint encor. »

278 AUX TEMPS héroïques

« Ils ont tous l'âme simple et fière:

« Au gré d'une femme, souvent, « Jeanne Mance fera commère « Et de Maisonneuve compère « Tout bonnement. »

« Leiu" rêve de la foi relève :

« C'est au céleste Eldorado, « But de leur course longue ou brève, « Qu'ils veulent déposer le glaive « Et le fardeau. »

« Ils sont messagers d'une aurore <• Fatale au ténébreux sorcier, « Au mensonge qu'elle déflore « Et qui fuit, laissant le folk-lore « Sur le métier. »

« Je vois, dans leur ville limiière, « Un point du jour si radieux, « Qu'il fait d'une nuit séculaire « Sortir cette nouvelle terre,

« Ces nouveaux cieux. »

« Qu'elle est belle avec la nature « Enajre vierge pour décor !

« Dans ses champs une onde munnure, « Et le bois sombre fait ceinture « Avec un ruisseau qui s'endort, « Aux moissons d'or. »

« Peupliers, chênes, aubépines, « Celles-ci de fleurs se voilant, « Entre les champs, sur les collines « Et près des vagues opalines, « Se laissent balancer au vent « Si noblement! »

« J'entends les doux bruits des nax^ettes « Et du peigne sur les tissus, <( Mêlés à des voix de fauvettes; « Et, plus loin que les maisonnettes, « Je ^'ois là-bas des prés herbus « Pleins de goglus. »

« Les martinets de Notre-Dame

« Entourent le clocher hautain

« Que le soleil plus jeune enflamme ;

280 AUX TEMPS héroïques

« Et l'on entend vibrer une âme « Sous le marteau qui, plein d'entrain, « En bat l'airain. »

€ Les héros, près du sanctuaire, f Dorment auréolés d'exploits . . .

« Las! ils n'ont plus de cimetière, « Et l'on profane leur poussière :

€ D'ici même je l'entrevois

« Sous les charrois. »

ni

// pleure.

Revenu de son envolée Au terre-à-terre du présent, I>e Cadran, l'âme désolée, Aussi triste qu'un mausolée, D'une voix plus sourde reprend Plaintivement :

« Plus on s'est grisé d'espérance, « Plus on gémit, désenchanté !

« L'aurais-je cru ? l'invraisemblance «. S'appelle, aux jours de décadence, « Réalité. »

« Ce passé n'est plus que fantôme ; « Le monde a changé de pivot ; «. Les fleurs n'ont plus le même arôme. « Ni l'esprit sa fleur; sur le dôme « On ne voit plus flotter, si beau !

« L'ancien drapeau. »

« Adieu! temps d'essor magnanime, H Avec la honte intransigent, « Où l'on volait de cime en cime, « Plus pauvre, mais d'élan sublime « Moins indigent. »

a Tout s'amoindrit; on dévergonde; « Le cul-de-jatte se croit grand ; <( L'ignorant tranche, ergote, fronde « Et voudrait refaire le monde « D'après son plan. »

282 AUX TEMPS héroïques

« On voit trop de gens sans vergogne « Qui moissonnent du capital « Sm* un tas d'obscure besogne, « Et que brûle une soif d'ivrogne « Pour le métal. »

« On voit trop d'or qui mue en gloire, « Guérit toutes les pauvretés, « Enlève aux hontes la mémoire « Et les fait rêver d'une foire « Aux dignités. »

« Elle s'en va l'âpre noblesse <( Dont les reins ne savaient plier (( Pour flagorner aucune altesse, « Et ne retrouvaient leur souplesse « Que pour prier. »

« Pour un grand nom que j'ai vu naître, « J'en ai vu cent se ruiner, « Dans l'enfant ( c'est mon tort peut-être ) « Je ne vois qu'une ombre d'ancêtre « Pérégriner. »

LE VIEUX CADRAN DU SEMINAIRE 28^î

« Le mérite n'a plus l'empire, <( Et le noble orgueil s'est perdu ; « L'honneur et la vertu font rire, « Et le bon sens ne saurait dire, « Au point où le voici rendu, « Qui l'a mordu. »

« Un néglige ce qui s'efface « Sous les ors menteurs du blason « Vertus et fierté de la race ; « On ne décore que la face, « Et beaucoup plus que de raison, « De sa maison. »

« Du haut de ma niche murale, « J'ai vu deux siècles s'écouler:

« Une pitié presque ancestrale « Et l'expérience fatale, « Alors que je m'en vais aller, « Me font parler. »

Le vieux cadran parle comme im vieillard qui aurait son âge ne verrait aujourdhm qu'à travers son admiration pour autrefois et généraliserait trop le s torts de nos contemporains

284 AUX TEMPS héroïques

« Je redis une chanson vieille, « Moi si vieux ; ma voix faible endort « Tel un bourdonnement d'abeille ; « On n'y prêta jamais l'oreille, « Et maintenant qu'on me croit mort, « J'ai deux fois tort. »

« Vraiment, aurais-je pu me taire « Quand la cupidité rongeait, « Chez le fils, l'idéal du père ?

« Hélas ! de mon aiguille austère, « J'indiquais l'heure avec regret, •( Car tout changeait. »

« U mes anciens héros de race, « Dignes d'honneurs à mon avis, « Lorsque sur vous l'oubli s'amasse, « Sans pouvoir me voiler la face, « Je vous survis. »

« Seul de mon temps, je vis encore . . . « Ah ! qu'on me relègue au grenier :

« Ici, la honte me dévore « Lorsque je vois ce qu'on adore « Ou veut nier. »

« Rendez, rendez à ma détresse « Mes beaux espoirs anéantis; « Ou laissez-moi, fou de tristesse, « Pleurer les héros sans faiblesse « Qui sont partis. »

t Les heures me sont trop amères, « A moi que leur image suit « Comme la mousse suit les pierres !

« Quand rentrerai-je, âmes si chères, « Dans votre nuit ? »

« Ah ! mes illusions si belles !

« Le temps, ce fourbe prometteur, « N'a fait que leur couper les ailes, « Et je veux mourir avec elles, « Puisque tout meurt.»

286 AUX TEMPS héroïques

Sa voix, enthousiaste ou sombre, Laisse les cœurs indifférents, . .

Ix)rsqu'on a vu des jours sans nombre.

On n'a plus que le vent et l'ombre Pour confidents.

TABLEvS DES MATIERES

pages

Le « Noyeux » du Récollet : Apparition 3

La Tentation du père de Brébeuf : 9

I L'Illusion ■- 11

II L'Esprit du Monde 16

III Le Doute 20

Le Premier Jour de Montréal 25

La Tête de Saint-Père 41

Deux Héroïnes de la Charité 53

L'Expédition de Dollard : 65

I L'Eveil 67

II Vent d'Onnondaga 69

III L'Iroquois 73

IV A Ville-Marie 77

V Dollard 80

VI L'Enrôlement 81

VII L'Epreuve de l'Héroïsme 87

VIII Le Départ 94

IX Surprise 99

X Au Cimetière 102

XI En Route 104

XII Rêve 105

XIII Réveil 106

XIV Un Retard 109

XV Le Soir de la Débâcle 110

XVI Au Long-Sault 115

XVII Alerte 121

L'Expédition de Dollard, suite :

XVIII Avec les Ennemis 123

IXX Braves et Lâches 134

XX Lutte Suprême 137

Elégie sur les Braves tombés au Long-Sault 153

Lambert Closse 159

Du zèle qui vaut des Ailes : Voyage de la vénérable Marguerite Bourgeoys 169

Cadieux: 1S5

I Le Coureur de Bois 187

II Dans l'Ile du Grand-Calumet 195

III Surprise 199

IV Dans les Rapides 203

V Dans les Bois 204

VI Sur la Piste de Cadieux 207

VII Cadieux et la Mort 209

De Frontenac et Kondiaronk 223

Le Jésuite et le Sorcier 231

La Grande Plaie du Mississipi 243

Le Château Ramezay 251

Le Vieux Cadran du Séminaire: 267

I II se souvient 269

II II chante 272

III II pleure 280

Fin de la table

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