‹ PoésiesChapitre 43 sur 71 · LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

LA CHAMBRE

Je veux ce soir, pour pni de votre zèle.

Vous proposer une énigme nouvelle.

Par toi, Loïse, un désir est l'empli A peine éclos ; et d'un trop long oubli Je dois veqg;er ta muette tendresse.

Ce carcan d'orqui parait la maîtresse, Aimable fille, est dési^rmais à toi ; Garde toujours ce souvenir de moi.

Et TOUS, tnerci, car vos mains, damoiselles, Plus que jamais sont promptes et fidèles. > La dame alors s'approcha de son lit, Sous son beau corps L'épais duvet flécbit ; Sur tes coussins laissant tomber sa tête :

• Écoutez-moi, dit-elle, je sub prête; Or, qui sauça me dire, d'entre tous, Quand le tohinieil nous -arrife plut doux.' Parlez!... Pour moi, dit Blancbe arec mystère Je m'endors mieux, je ne puis vous le taire.

Quand une vieille, assise à mon foyer, Me fait tout bas des contes de sorcier, Ou me redit l'histoire véridiqne Du moiue blanc qu'au monastère antique,

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DE LA CHATELAINE. 179

Près des tombeaux on voit errer le soir; Et je tressaille, et crois aussi le voir.

Le sommeil vient, et l'erreur se prolonge; Ou m'arractant an vain effroi d'un songe, Je veille alors le rosane k la main.

Si mon brasier se ranime soudain, A ses lueurs inégales et rares Mon CËil poursuit mille formes bizarres Qui semblent fuir, glisser te long des mars.

Et s'élever jusqu'aux plafonds obscurs.

— La peur est-elle un plaisir ? • dit Germonde En secouant sa jeune tète blonde ; . • Moi, j'aime mieux, le front sur l'oreiller, Ouïr comment «n jeune cbevalier Est rencontré de quelque blanche fée ; , Parles périls sa valeur écbauffée Doit triompher d'an noir enchantement, Et sous ses coups tombent en un moment Cent paladins et les géans eus-mème ; Et c'est alors que la beauté qu'il aime S^unit à lui par le plus doux lien :

Que peut de pins an chevalier chrétien

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i8o LA CHAMBRE

Que d'exposer, pour l'amour de sa dame,

Le bien du corps et le salut de l'ame?

— Moi, s'^ria la vive AHénor,

Si le sommeil jamab d'un doux esmr

Sur mon chevet vient incliner ma tAte,

C'est au sortir d'une brillante fêle;

A pas légers des couples g-racienx

Semblent encor se mouvoir à mes yeux,

Et leur aflrîr cet éclat qui les flatte,

Les jojaux d'or, les mantels d'écarlate;

Aux sons égaux des joyeux instrumens

J'épie encor les signes des amans,

Et cet ëïho des plaisirs de la veille

Me fait sourire alors que je sommeille.

Et vous, Lolse? — Ob i moi, je dars, je croîs,

Dès que j'ai fait le signe de ta croix :

Pour qu'un plaisir au repos nous invite,'

Il faut l'attendre,' et le mien vient si vite!...»

La noble dame «vec un doux souris :

■ Nulle de vous n'a su ravir le prix.

Celle-là dort plus doucement bercée,

Qu'attend au Ut quelque tendre pensée,

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DE LA. CHATE1.A1NE. i8i

Et qni, fuyant la contrainte du jour, Y VA rêver à son premier «mour.

Premier!... dernier!... ah! quel est mon délire ! Son seul amour, aurais-je dû vous dire!

Allez eo paii !..■ Aloîse, c'est toi Qui veilleras ce soir auprès de moi.

Et maintenant, bonne nuit, damoiselles!

— Dame salut ! > ensemble dirent-elles ; Et sang retard, le cortège attentif S'éloigne alors d'un pas lent et furtif.

Leur soin discret clât la porte fidèle, Et le rideau qui retombe sur elle, .

Rasant le seuil avec un l^er bruit, Semble k son tour murmurer : Bonne nuit!

< Toi, viens, enfant, viens, et me fais entendre Quelque vieux chant mélancolique et tendre.

N'en sais^tu pas qui soit triste à la fois Comme mon cœur, et doux comme ta voix?

Dont l'harmonie, ou rêveuse ou plaintive, Charme si bien mon oreille attentive, Que du sommeil le vol sileocieui A mpn insu puisse effleurer mes jeux? »

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i83 LA CHAMBRE

La jouvencelle, A m dame soumise, Du riclie étui, dontl'éclat le déguise, Tîre «oodain le lutli aux doux accords.

L'heure est propice ; au-dedans, au-dehors, Rieu n'interrompt le nocturne silence.

La Châtelaine, en sa moite indolence, De ses pensers suivait le cours changeant Et se taisait. Dans la Umpe d'argent .

Qui se balance à la haute solive, Se consumait le doux jus de l'olive ; De ses contours ciselés avec art, Quelipies rayons échappés au hasard Vont effleurer le lit où se déploie L'azur mouvant des courtines de soie ; Ses longs tapia où, d'un épais velours, La blanche hermine enrichit les contours, Du dais massîfles angles où se cache L'or du cimier sous l'ombre du panache, Et la splendeur des pilastres dorés Qui'de l'estrade entourent les degrés.

D'un champ de soie où J'argent se marie.

Le bleu tissu de la tapisserie,

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DE LA CHATELAINE.

A pans égavi voilait le mur grouier.

L'œil admirait, prés du vaste fo^er, Du prié-dieu l'éMgaDtc atructure ; Là, le mÎMel qu'enrichît la peinture Repose ouvert, et 'de toutes les fleura Son blanc vélin réflécliit les couleurs.

Et le feu clair qui pédlle dam Titre Du bénitier semble rou^r l'albAtre.' Pour les parfums les vases préparés Brûlaient encore, et de leurs flancs dorés Ils unissaient les vapeurs embaumées Au doux tribut de ces eaui parfumées, Laie odorant avec soin épancbé Sur'les rameaux dont te sol est jonché.

De ce moment secondant le délice, ' L'astre des nuits, voluptueux complice, Glissant alors k tiavers les vitrtfui.

Vint ranimer leurs transparens émaux.

Et colorant le pavé de la chambre Y refléter l'azur, le pourpre et l'ambre.

Quel œil mortel résiste k ses douceurs.

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i84 LA CHAMBRE

Quand le sommeil compte pour précurseurs De doux parfums, des clartés fugitives, Des mots flatteurs et des notes plaintives?

Loîse enfin, d'un air timide et dous.

Saisit le luth posé sur ses genoux, *

En raffermit la corde jétendue, Des tons divers.parconrnt l'étendue.

Dans chacun d'eux préludant to«r à. tour ; Puis murmura le chant qu'un troubadour, Pour mieux bercer la beauté qui sommeille A sa mémoire a confié la veille.

• Dormeï, noble- dame, dormez 1 Les murs gardas font les nuits sqos alarmes ; Laissez veiller vos hardis hommes d'armes,

Et ceux que vos jeux ont charmés.

Ah ! si le comte de Montfort, Le champion de l'Eglise de France,

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U£ LA CHATELAINE.

De se» baDuerett le plus fort, De nos preux la meilleure lance^ ' Contre ce cfadtel, quelques jours, Guidait ses srchers intrépides, Le vol de leurs flèches rapide»

Ne Murait effleurer ces tonts.

Dormez, noble dame, donbez!

Les mnn gardés font les-nuits sans alarmes ; Laissez veiller vos hardis hommes d'armet,

£t ceux que vos jeux ont charmés.

Gnq cents chevaliers valeureux Font circuler la coupe dans vos salles, Vos vassaux dix fois plus nombreux Secondent leurs armes loyales ; Qui pourrait contre leurs désirs Troubler les songes de leur belle, Hors la «loche de la chapelle Ou le doux bruit de leurs soupirs?

Dormez, noble dame, dormez!

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i86 LA CHAMBRE DE LA CHATELAINE,

Lei murs gardés font les nuiti miu «larmes ;

Laissez veiller vos hardis tommes d'armes,

Et ceni que vos yatx ont charmés. •

Loïse alors se tut, et sa maltreue

Avec effort soulevant sa paresse,

D'un bras de neige entr'ouTiit ses rideaux,

Et soupira : ■ Ualgré ccb forts créneau,

Ces boiu ardhera, ces,aomlireux hommes d'armes

Et les vaillams dévoués à mes ch«nnet,

Un ennemi s'est glitsé jusqu'à m«i!

— Dieu ! s'écria Loîse avec effroi,

Quel est son nom?... • Et respirant à peine

Elle écoutait; mais de la Chfitelaine

Un doux sommeil avait fermé les yeux,

Et du rideau quittant letf plis soyeux

Sa hlaDche main retomba sur la couche.

Pourtant Loïae, au souffle que sa bouche

En sons confus eshalait tour à tour,

Prêta l'oreille, et crut entendre : Anook.

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