‹ PoésiesChapitre 69 sur 71 · CENT · texte numérisé non relu

CENT

Une ctdiaae est là', Seigneur! San toit léger Vous prêtera du moins un abri passager.

Moi, d'un logis voisin repoussé tout â l'heure, Je vais tenter encor cette avare demeure.

Oui, ma raison revient, je vous connais.... c'est toi, Honpauvre Fou! j'ai froid, as-tu froid comme moi?. Hou corps s'est épuisé dans cette horrible lutte. Allons, conduisez-nous; où donc est cette hutte? Montrez-moi cette paille, ami, ce pauvre seuil Qu'aurait sans doute hier dédaigné mon orgueil. Tant la nécessité sous sa verge nous plie !

Pauvre Fou! ne crois pas que ton maître t'oublie j Viens, ce cœur iqseDsible à des malheurs nouveaux Saitplaindreencorta peine et souffrir de tes maux.

. LE rOD iliaiiUBi.

Ici-bas le vrai sage De loin prévoit l'oraipp, Ou, paisible et <;antent, Le reçoit en chantant 1

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3i6 SHAKSPEARE.

Prrad sans plainte importune

Son lit comme il l'obtient,

Comme il peut la fortune,

Et le temps comme ilvient.

vint..

Bien, mon enfant; marehons, car ma tète affaiblie Craint de toucher ce point ijui mène à la folie- Suis-moi, pauvre g;arçon, vien?!

Si quelque beauté i S'enrliume cette nuit, elle l'a mérité...

Un moment! je me sens en hnmeurJe prédire...

Du propliéte Merlin c'est l'esprit qui m'inspirel Quand les prêtres étaleront Moins de savoir que de paroles ; Quand les brasseurs s'échangeront Que de l'eau contre nos pistoles ; Quand les nobles dirigeront L'art du tailleur qui les babille; Quand les arrêts contenteront ' L'intérêt de chaque famille ; Quaqjl les langues ne médiront

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Que pour éondamner le scanâale ; Quand les 61ous ne voleront Que pour l'honneur de la morale; Quand les usuriers gagneront Tout l'argent qu'ib destineront A de pieu»es entreprises; Quand les courtisanei iront A confesse, et n'étUfIront Que des couveos et des églises, (hr verra la confusian Grande au royaume d'Albion ; Et pour mieux en désigner l'âge, Ces faits merveiUeui adviendront Au temps oii , pour suivre l'usage.

Les gens sur deux pieds marcberunt '.

Mais bientAt saisissant la bagoette magique, Le poète inspiré mêle un chàtit fantastique

A ses m A les concerts.

Dans une nuit d'été, sflk- la plaine fleurie.

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3io SHAKSPEARË.

Comme un soDge rumt l« peuple de féerie Se joue au sein des airs.

Le laboureur d«iu son asile,

Oublieux du temps qui s'enfuît,

Dort, heureui qu'un sommeil tranquille

L'empècbe de compter minuit ;

C'est l'beure où le feu sous Ui cendre

Brille et se ranime soudain ;

L'esprit follet, l'adroit Robin,

Sur le foyer vieat de descendre.

La lune est vuilce à demi ;

Le loup burle dans les téqèbres ;

Des vieux cimetières ami,

Le bibou sur leurs mure funèbres

Gémit ; à peine dans les airs

Glissent ses notes fugitives, ,

Les ombres s'échappent plaintives

Du sein des tombeaui entr'ouverls ;

Alors sur la grève des mers,

Dans les clairières du bois sombre,

Près des joncs qui boi^nt sans nombre

SHAKSPEÂRE.

La rive des éUn^ dé«erts, Le peuple aérieD des fées, Mystérieuses coryphées Des ohajits magiques de la Quit, .

S'éyeille et s'assemble sans bruit ; Leur danse^ inconnue aux profanes, Dans ses rapides mauvemens Fait bientdt en plis diaphanes Flotter leurs légers vétemens.

Le pfltre égaré dans la plaine.

Dont l'œil fasciné se promène Sur ces brillantes visions, Croit que des nuits la pâle reine A laissé tomber sur l'arène D'humides et tremblans rayons ; Et si quelque note lointaine De leurs mystérieux concerts Lui parvient au souffle des airs, En vain son oreille incertaine Écoute; elle entend seulement Des rossignols le doux ramage, Le bruit du soaore feuillage,

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3m SHAKSPEARE.

Ou de la brise du rivage Le monotone sifflement.

Le barde cependant sur lliumide prairie A surpris quelquefois la' reine de fiêerie.

De sa langue inconnue il a compris les sons, Et seul a recueilli ses magiques cbansons. '

Ob ! de ces verts gazons épaisaissee l'enceinte, Inclinez sur mon front ces touflès d'hyacinthe

Am calices d'aïur!

Que je puisse trourer sur raa couclie de mousse De suaves parfums, une ombre ftïtclie et douce,

Un sommeil calme et pur!

Prenez vos armes d'or, tandis que jexepose :

Que l'insecte, caché dans le bouton de rose,

Expire sous vos coups ; Dépouillez de la nuit les peuplades fidèles, Pour qu'en légers maoteaui le crêpe de leurs ailes

Voltige autour de vousl

„..,C<,<,glc

SHAKSPËARE. 3i3

Que l'une de vos soeurs sur moi veillejjans l'ombre ; Mais avant, toutefois, d'aller dans la nuit sombre

Chercher vos eQnemis^ Chanlez, qu'un air de fée à m^n gré se prolouge, Et ce charme puissant fera descendre un songe

Sur mes yeux endormis!

CBUEDB m FEES.

Bercez, bercez la jeune souveraine, Doux bruits des veufs, du feuillage, des eaui: ; Do ui rossignols, bercez, bercez la Reine, Bereez Is Reine et charmez soD repos.

FREMléaE FEE.

Je veille ici, fuyez, impurs reptiles.

Souples lëzardsj voua insectes agiles

Cuirassés d'or ! .

N'agite plus, folâtra sauterelle,

L'herbe nouvelle; Faible grilloD, tais-toi, U Reine dort.

Pour en former des parures légères.

Je cours ravir aux jeunes primevères ■Tous leurs rubis ;

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3i4 SHAK»>EARE.

Ces tendres fleurs , frtles jojaui des fées, .

Sont me» trophées, Et notre Re!ne en sème ses habits.

CAOEUB.

Bercez, bercez la jeune soUTeraine, Doux bruits des vents, du feuillage, des eaui ; Doui rossig;noIs, bercez, berces la Reine, BerccE la Reine et charmez son repos.

PREMIÈRE nie.

Pour l'agiter sursa tête sacrée, Je m'armerai de l'aile bigarrée

Des papillons ; - Ou, lai cachant la nocturne lumière,

De sa pdupière J'écarterai ses importuns rayons.

bEnsiévE FÉE.' J'irai chercher les aigrettes mobiles, Brillant duret de ces glahes Fragiles

Que les amans Soufflent parfois d'une intfuiète haleine,

Et que la plaine Voit fuir motus vite, hélas! que leurs setmens.

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SHAKSPEARE. 3i

CBOBDR^

Bercez, bercez la jeune souveraine, Doux bru^des vents, du feuillage, des eaui ; Doux Tossîgnob, bercez, bercez la Reine, Bercez la Reine et cbarmez son repos.

Hais semblable en sa fuite au nua^ qui passe, Le son^ disparaît, la vision s'efface, Et du monde idéal l'éclat évanoui Fascine encor long-temps mon regard ébloui.

La raison cependant, docile à ces prestiges.

D'un merveilleux génie admire les prodiges ; Ainsi de ses secrets le puissant enchanteur, A mes yeux étonnés déplojrait la hauteur.

Posant un pied tremblant sur sa trace immortelle, J'essayai de le suivre en sa roule nouvelle.

J'ai tenté de saisir, sous mes faibles pinceaux, Quelques traits détachés de ses vastes tableaux ; Et de ses nobles chants ma voix inentendue Tout bas a répété quelque note perdue.

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Oh ! ne me blâmez point! Si de dos bois surpris

Un orcbestre imprévu frappe les verts abris,

D'un éclio fugitif la voi;i par interv^^ •.

Y marie au basard des notes inégales,

Et du penchant des monts renvoie au gré des airs

Quelques sons affaiblis de ces lointains concerts.

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LA GLOIRE

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a les arb pour les plaùirs qu'ils donnent , <D pour la gloire qu'ils promeneol.

i;, Goot^k

Qui! moi, moi l'envier, la ctercber ou l'attendre? Moi d'un immense écho flatter ma faible voix? Non, je n'y prétends point, mabjecroû la comprendre, Et je m'applaudis de mon choix !

Porter dans ses travaux la flamme au ciel ra Nouveau ils de Japet douer de traits divins Une muette argile, et d'un souffle de vie Animer r<Kuvre de ses mains ;

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33o LA GLOIRE.

S'abreuver sans reUche aui flots de Castalie ; Haltriser k sou gré le magique instrument Qui, du chantre d'Énée au ebantre d'Atkalie, A transmis son enchantement;

Émouvoir, éclairer, ou dominer le monde, Et, frayant le premier de glorieux chemin», Y laisser après soi cette trace profonde Que suit la foule des humaiosj

VoilA, voiU la Gloire! Un hymne que répète Des siècles roaaemblés le-chœur mjstériraii, Et non ce vain plaisir qu'à l'oreille distraite Apporte un son mélodieui.

Chetvhez-la, pvursiiivei l'éclat qni l'environne, Remportez sûr aes pa* un immortel honneur.

Vous, qui l'aimez assez pour payer sa covronnc Au prix de tout votre bonheur. ■

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LA GLOIRE

Bravet,4i vous l'oiez, cette rumeur confuse

De triomphes bruyans et Ae Udmes amen,

Et «l'on sublime effort arrachez à la Muse

Des chauts dignes de l'univers.

Mais moi, qui hégajant sa lan^e cadencée,

Jamais n'en attendis, ^ans art et sans dessein,

Qu'un mot, pour révéler cette intime pensée

Qui mourrait peut-itre en mon sein ;

I larmes qu'elle coitte, Mesurai ses accords à mes pas nonchalans, Et qui n'ai recueilli sur ma paisible route Que des sourires bienveiUans ;

Contente d'amasser des palmes éphémères, D'un plus lonff avenir j'ai sevré mop orgueil : Il suffit que mes chants, des épouses, des mÈre; Bercent ou la joie ou le deuil.

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33a LA GLOIRE.

D'un triomphe si doux laûsez-moi l'espélAce; Que ce» cliaats entre noua soient un secret lien ; Qu'aunomdusDlnRt«l,vi>s cœur«, fe mmes de France, Battent à l'unisson du mien !

Si je puis , emportant le seul prit où j'a:

Un jour au but fatal reposer sans effroi,

D'un pas inattentif n'éveillez pas ma lyre

Endormie alors près de moi.

Qu'importe si nul bruit ne survit à ma tombe, Si dans le cercle étroit, par mes accords rempli, SitAt que de mes mains le lutb s'échappe et tombe Régnent le silence et Voublil

Le chant du rossignol ne laisse point de traci Nulle voix après lui ne redit ses concerts, Et le doux bruit de l'onde ei pire sous la glac Où l'emprisonnent les hivers :

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LA GLOIRE. 33

Mais, dans la nait muette, un regret qui a'éveille Est peut-être le prix des accena de l'oiseau ; Peut-être on se souvient d'avoir prêté l'oreille Au frais murmure du ruisseau.

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