‹ PoésiesChapitre 68 sur 71 · JOLIETTE · texte numérisé non relu

JOLIETTE

Mon époux, MoD ami, songe bien qu'il faudra que je meure, Si le matin, le soir, chaque jour, à touie heure, Je n'ai, dans cet exil, des nouvelles de to^ ; Les momens sans te voir sont des siècles4>our moi, Tu le sais; et mon cœur mesurant les journées. Oh ! qu'avant ton retour j'aurai compté d'années !

Tout ce.que peut l'amour, hélas! je le promets.

JCtlETTE.

Roméo ! Roméo ! ai c'était p«nir jamais !

Crois-tu qu'un jour, du moins, le ciel ngus réunisse?

Le crois-tn?

■9HBO.

' Je r.espère; oui dans ce temps propice

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Nos maui ne seront plus qu'un faible sonTenir,

Triste et doni entretien de nos jours à venir.

nJLIETTE.

Et moi j'ai dans le cceur un lîincste prisage ; Je ne sais quel prestige a' pili ton visage : Au pied de ce balcon, maintenant descendu, Tu me parais un mort dans sa tombe étendu!

Cest ainsi, cher amour, que tous frappez ma vue: Le cbagrin dévorant nous dessèche et nous tue! Adieu, ma Juliette ! >

IDLIBTTB.

Adien, cbère ame, adieul

Vous serez réunis, mais hélas ! dans quel lieu ! Won, je ne veux point voir sous ces voûtes funèbres La mort, à coups pressés, frapper dans le» ténèbres, Et le remords tardif, au pied de vos tombeaux, D'une funeste haine éteindre les flambeaux.

cGoo^k

^ 5HAKSPEARE. 3i3

Mais soudain l'éclair brille ; à sa pdle lumière, Une pluie orageuse inonde la bruyère j Léar, 2k leur fureur, livre ses traits flétris, ^

Et de ses blancs cheveui jette aui veufs les débris : Vieillard infortuné, faible roi, pauvre père, Qui ne sait tes malbeurs, qui n'a plaint ta mioère! Tu ne sens, dédaigneux des injure^ du ciel, Que le trait enfoncé dans. ton cœur paternel : De tes enfans ingrats le nom estsur taboucbe; Ton Fou, le seul ami que ta fortune touche. Jouet accoutumé de ta prospérité, En vain i tes malbeurs eonsacre sa gatté.

Soufflez, vents orageux; mugis, sombre tempête; Cataractes des cieux, que rien ne vous arrête ! Fleuves, sources, torrcns, débordez è la fois, Inondez nos cités, engloutissez nos toits !

Et vaa«, feux sulfureux, plus prompts que la pensée, Frappai ces cbeveux blancs, cçtle tête glacée, Pourvu qu'un même coup détruise avec éclat Ces principes Eéconds, germes de Thomme ingrat ', «7

SHAKSPEARË.

maître ! sans retard courons chercher un gllc ; 1^8 te« fillea, crois-moi^ retournons au plus vile ; Dusgî onH-Q aua les prier long-tempa ,j'airaeencorniieux L'eau bénite de cour «pie l'eau froide des cleuz ; VienSf ou pour te&enfans charge-moi d'un message : Cette nuit n'a pitié ni du fou ni du sage.

Grondei, noirs ouragans, redoubles vos efforts, ' Dema débile vie usez tolis les ressorts!

Des célestes fiéaux redoutables familles, Grêle, foudres, éclairs, vous n'ête$ point mes fiU^, Je n'ai pointentre vous partagé mes Etats, Et l'amour paternel ne vous fit poiut ingrats ! Venez, je me soumets i vos fureurs sinistres! Hais noD, de mes enfans vils et lâches ministres. De ces perfides cœurs vous servei les desseins ; Ah ! pourquoi leur prêter vos secours assassins Contre un faible vieillard, et du haut de la nue Assaillir sans pitié »a tête chauve et une?

LE rOQ.

Pour la tête qui loge nue ombre de raison,

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SHAKSPEAHE: 3

couvre-chef est un toit de maison.

On me dit fon ; taaia 9ur non ame, Je Tondrais bien qu'à mon chois on eût mis Un mauvais gtte et U pins belle femme ;

Un fou courrait droit k la dame,

Et-moi je prendrais le logis.

Oui, je veux désormais, quelque mal que j'endur De ce cfeur ulcéré contenir le murmure ; Oui, oui, je me tairai, j'en ai déjà trop dit.

a là?.

Vous voyez, «n grand près d'un petit.

Un sage près d'un fou.

KENT » roi.

C'est TOUS, mon noble maître !

Mon oeil qui vous cherchaita peine à vous connaître ; La nature de l'homme en cette nuit d'horreur Succombe à la souffrance ou cède à la terreur.

3i6 SUAKSPEARE.

Eh ! que m'importe, à moi, ce tonnerre qui gronde, Ce vent âpre et glacé, cette eau qui nous inonde! De leurs coups redoublés ils m'accablent en vain, Je ne sens que l'orage enferaié dans mon sein. Dans une telle nuit ! Cruelle Gonérille !

Malgré le froid , la pluie ! ... Régane ! & ma fille ! En&ns pervers!... Chasser ce père infortujié! . Votre vieux père! lai qui tous a tout donné!... Paix, ma tjte s'égare. Et toi, bruyant orage, Poursnb, je ne crains rien de ton aveugle rage '. Les Oîeus te sauront bien montrer leurs ennemis, Et chercher dans l'oubli les forfaits endormis. Cache-toi, main sanglante; et vous, livres paijures, Tremblez ! Crime impuni, lave bien tes souillures ! Scélérat, qui suivant de ténébreux cheminé.

As dressé sous des fleurs tes piège» inhumains. Brise-toi de terreur! Vous^ inceste, adultère, Couvrez vos traits hideux des voiles du mystère ; Fujrez, dérobez-vous au courroux étenielt Ou, forcésde répondre à ce terrible appel, Ewa^ei de fléchir sa justice implacable ! . ..

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Mais, mai, je suis victime,' hëlas ! et non coupable !

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