LEUCONOÉ
Le triple bandeau blanc, cher à l'épouse austère, N'enclôt pas ses cheveux blonds et de perles ceints ; Et le tissu de Ces d'une ombre de mystère La baigne, et se soulève, agité par ses seins.
Le retour des Saisons, les Heures enlacées. Tandis qu'elle riait, accoudée aux festins, Ont mûri sous son front les profondes pensées Et le doux souvenir des jours déjà lointains.
Elle songe et revoit l'enfant maigre et sauvage Qu'autrefois elle fut, brune fleur du rocher, Violette de Zanthe éclose au cher rivage, Qu'un marchand carien vint un jour arracher.
Elle revoit ses pleurs et l'injuste galère, Et le riche bétail couché, les bras liés. Puis le marché latin, le lit du Consulaire, L'ivresse, les parfums, le rire et les colliers ;
Les roses sur son seuil, les vœux des jeunes hommes, Sur la couche de fleurs Téléphus aux beaux flancs, Et l'héritage intact des vieillards économes Coulant, fondu pour elle, en flots étincelants;
LEUCONOE 237
* L'amour fatal des fils et les larmes des mères, Les désirs, les fureurs, les deuils et les tourments Que par elle ont filés les Sœurs trois fois amères. Par elle, non souillée et chère à ses amants;
Chevaliers, Sénateurs et Tétrarques d'Asie Conduits comme un troupeau sous son doigt obéi. Car tu ceignis sa taille, entre toutes choisie, De ta ceinture d'or, Vénus de Pompéi 1
Elle est fière en son cœur de tes dons, ô Déesse! Et l'orgueil d'être belle éclate dans ses yeux. Mais son front est voilé d'une vague tristesse, Et la vie est pesante à son sein glorieux.
Le mal des jours nouveaux s'allume dans ses veines. Le monde a désappris ce sourire ingénu due reflétaient si clair les antiques fontaines; Un âge de langueur et de fièvre est venu.
Les femmes ont senti passer dans leurs poitrines Le mol embrasement d'un souffle oriental. Une sainte épouvante a gonflé leurs narines Sous des Dieux apparus loin de leur ciel natal.