LEUCONOÉ
Et celle-ci connaît la grande inquiétude ; La chose humaine brille et l'enveloppe en vain. A ses sens délicats la terre est triste et rude; Elle médite un monde immuable et divin.
Ses soupirs ont monté dans la sainte lumière. O magique pouvoir, vertu d'un cœur pieux! Tous les Dieux qu'elle aima viennent à sa prière Parfumer son haleine et rafraîchir ses yeux.
Elle les voit si beaux! Son âme avide et tendre, Que le siècle brutal fatigua sans retour, Cherche entre ces Esprits indulgents à qui tendre L'ardente et lourde fleur de son dernier amour.
Dans la troupe si douce aux âmes éphémères, Elle choisit d'abord de ses regards en pleurs Les Amantes des Dieux et les augustes Mères Dont le cœur fut comblé d'ineffables douleurs
La grande Phrygienne en hurlements féconde, Et la Vénus en deuil près d'un enfant glacé. Et cette bonne Isis qui cherche par le monde Les membres précieux de l'époux dispersé.
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Elles sont là, debout, ces femmes éternelles Qui saignent à jamais des blessures du sort. Quelle âme ne voudrait se confier en elles? Elles savent quel goût ont l'amour et la mort.
Mais voici, blanc troupeau dans la pâle prairie, Leurs fils et leurs époux, les Dieux adolescents Qu'aux jours mystérieux, sur la couche fleurie. Les femmes vont pleurer dans la myrrhe et l'encens;
L'enfant Atys, semblable aux vierges de Phrygie Depuis que sa main blanche a mutilé sa chair. Lui qui, menant la sainte et frénétique orgie. Du bruit du tympanon remplit les monts et l'air,
Et qui, sous les pins noirs de son antique Amante, D'un délire divin longuement transporté, Par ses bonds, par les cris de sa bouche écumante. Célèbre son impure et fière chasteté;
Et le jeune Barbare, astre clair de la Perse, Le radieux Mithra, seigneur aux mille noms, Qui, robuste et charmant, d'un poignard d'or transperce Le céleste Taureau sous ses larges fanons;
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Et l'Adonis fleuri tel qu'une belle plante, Chasseur qui se plaisait à poursuivre les daims, Et dont le sang rougit la cuisse étincelante, Sous la morsure, hélas I d'un monstre aux pieds soudains
Il repose, baigné de cinname et de larmes; Sur son corps la blessure ouvre un calice bleu. Et Leuconoé goûte éperdument les charmes D'adorer un enfant et de pleurer un Dieu.
Tout s'éteint ! Elle est lasse et n'est point apaisée. Elle n'a pas donné tout l'amour de son cœur. Et ses regards encor, sous la chaude rosée, Traînent une inquiète et profonde lueur.
Solitaire, du fond de sa grande détresse. Tendant au ciel son âme et ses ardentes mains, Elle cherche, dans l'air du soir qui la caresse, De plus tendres Esprits et des Dieux plus humains.
Elle voudrait savoir dans quelle ombre divine, Sous quel palmier mystique, en quels bras endormi. Brille l'Enfant céleste et doux qu'elle devine, Le maître souhaité, l'incomparable ami.