‹ PoésiesChapitre 110 sur 113 · LE U CONGÉ · texte numérisé non relu

LE U CONGÉ

Ce Roi mystérieux qui console et qui pleure,

Ce second Adonis et plus triste et plus pur,

Ce nouveau-né qui doit mourir quand viendra l'heure,

Quel lait l'abreuve encor dans la maison d'azur?

Cherche, ô Leuconoé : va d'auberge en auberge Voir si le Mage errant passe et n'apporte rien. En quête de ton Dieu, visite sur la berge Le Chaldéen obscur et le vil Syrien.

Courbe ta belle tête aux pieds du Juif immonde. Ces impurs étrangers, humbles agitateurs. Que travaille en secret la haine du vieux monde, Sont tes bons conseillers et tes consolateurs.

Va demander ton maître à leur race exécrée. Oh! ne te lasse pas : désire, espère et crois; Cours épier, la nuit, quelque lueur sacrée, Aux bouches des égouts et sous l'ombre des croix.

Tes sœurs et toi, cherchez, saintes aventurières, La plus noire caverne où se cache un devin. Des fanges des faubourgs, des sables des carrières, Au milieu des sanglots, monte un souffle divin.

LEUCONOE

Un immense frisson passe dans la nuit sombre. Femmes, femmes, hâtez vos anxieux travaux. Et dans l'amas confus des visions sans nombre, Pressentez, suscitez le Roi des temps nouveaux.

Vous seules préparez le salut de la terre.

Des femmes comme vous, le dégoût dans le sein.

Achèveront un jour la tâche salutaire

Et sauront voir Celui que vous cherchez en vain.

Il donnera la grâce et la gloire aux souffrances Et, regardant les cœurs las désespérément, Il viendra mettre en eux de longues espérances. Avec la paix du deuil et du renoncement.

Mais toi, Leuconoé, mais vous, soyez bénies. Femmes aux longs désirs, pour avoir aspiré. Du fond des jours d'orgueil, aux douceurs infinies De la sainte tristesse et de l'amour sacré.

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