LE DESIR
Mais la vague beauté des regards, d'où vient-elle, Pour nous mettre en passant tant d'espérance au front ? Et pourquoi rêvons-nous de lumière immortelle Devant deux yeux qui s'éteindront?
Femme, qui vous donna cette clarté sacrée Dont vous avez béni la ferveur de mes yeux? Et d'où vient qu'en suivant votre trace adorée Je sens un dieu mystérieux?
Oh! montrez un moment au monde
Voire fragilité féconde,
Et semez la vie à vos pieds !
Puis passez, formes éphémères;
Femmes, puisque vous êtes mères,
C'est qu'il convient que vous mouriez.
Votre divinité ne dure, Douces forces de la Nature, Que ce qu'il faut pour son dessein.
La race impérissable et belle, Voilà cette chose immortelle Que l'on rêve sur votre sein 1
C'est par vous que l'heureuse vie Tour à tour en la chair ravie S'allume, et ne s'éteindra pas.
En vous la vie universelle Éclate, et tout homme chancelle, Ivre de beauté, sur vos pas.
Vivez, mourez, pleines de grâce ; Les hommes et les dieux, tout passe, Mais la vie existe à jamais.
Et toi, forme, parfum, lumière, Qui fleuris ma vertu première, Ah I je sais pourquoi je t'aimais 1
Juin 1569.
Les choses de l'amour ont de profonds secrets. L'instinct primordial de l'antique Nature Q.ui mêlait les flancs nus dans le fond des forêts Trouble l'épouse encor sous sa riche ceinture; Et, savante en pudeur, attentive à nos lois. Elle garde le sang de l'Eve des grands bois.
L^ riSIOn, T)ES XUI'KES
1-»E fleuve qui, libre et tranquille, Traîne ses marnes et ses eaux Au milieu des pâles roseaux.
Presse en ses bras une longue île,
Qui semble un navire échoué Par quelque héroïque aventure, Perdant sa forme et sa nature.
Dormeur à l'oubli dévoué.