LA VISION DES RUINES 4I
Sculptés aux parois triomphales, Des hommes, des bœufs, des chevaux, Rappelant d'antiques travaux.
Se brisent au choc des rafales.
Et vers le nord, mais moins avant, Candélabres, balustres, dalles.
Escaliers, murs en longs dédales.
Sonnent avec langueur au vent.
Ruines d'un temple où des lyres Pendent à des chevilles d'or, Où des pieds de nymphes encor Dansent en de joyeux délires.
Muette, la maison des Rois Est assise, comme une veuve, Sur la rive droite du fleuve.
Dans les nymphéas blancs et froids;
Elle mire dans les eaux blêmes Ce qui lui reste de joyaux Et répand ses colliers royaux De chifiFres noués et d'emblèmes;
Sur un pavillon, les pâleurs De la lune, au bord d'une nue, Animent une forme nue Qui sourit et verse des fleurs :
C'est un corps de femme accroupie, Un corps lascif, jeune et lassé, Qui fut sans doute caressé Par le regard d'un siècle impie.