‹ PoésiesChapitre 35 sur 113 · L^ 'DEX'MIETIE ID^^GE · texte numérisé non relu

L^ 'DEX'MIETIE ID^^GE

Pas un de ses cheveux, pas un pli de sa robe ne bougeait.

Charles Dickens.

r AR un matin d'hiver aux âpretés sereines, L'enfant dans la carriole est monté tout pensif. Le voiturier a bu du gin ; il prend les rênes, Et la blanche jument renâcle dans l'air vif.

L'écolier va rentrer dans la demeure noire D'encre, de châtiments, de grilles et d'ennui : Le cœur gros, il rappelle en sa tendre mémoire Que tout, où l'on le mène, est étr.inger pour lui.

Sur la vitre abaissée il s'accoude et se penche, Méditant plein d'effroi l'exil déjà subi : Il voit, sur le perron, sa mère en robe blanche, Élevant dans ses bras son tout petit baby.

Et le fouet du départ a claqué ; jeune et pâle, La mère a prolongé son doux geste d'adieu. De son sein, dirait-on, nul souffle ne s'exhale : Rien n'a fait vaciller son regard fixe et bleu;

Pas un pli n'a tremblé de sa robe légère ;

Son teint pâle, son teint changeant n'a pas changé,

Et sur sa tête nue, à l'exilé si chère.

Pas un seul des cheveux blonds et fins n'a bougé.

Son enfant ne doit plus la revoir en ce monde; Mais après cet adieu simple et mystérieux, Certe! il emporte d'elle une image profonde, Calme, et faite pour vivre à jamais dans ses yeux.

LE BASILIC lOI

LE "B^^SILIC

vJ N jour qu'elle peignait sa lourde chevelure, Derrière le vitrail lamé de plomb, Gemma Vit passer un enfant beau comme elle, et l'aima Si fort qu'elle en sentit au cœur une brûlure.

Parce qu'Amour n'épargne à nul aimé d'aimer, A peu de jours de là, ces deux fleurs de Sicile, Ces tendres jouvenceaux, au corps fier et gracile. Se livraient l'un à l'autre et se laissaient charmer.

A l'heure où les ruisseaux fument autour des plaines, Ott les a vus tous deux qui revenaient du bois, Faisant sonner leurs noms au cristal de leurs voix, L'un sur l'autre penchés et mêlant leurs haleines.

Maintenant, dans la salle ouverte sur la mer, O sœur du joaillier, brune Sicilienne, Tu pleures! Jeune fille, une rosée ancienne Déjà sous tes beaux yeux creuse un sillage amer.

Tout le jour, à travers les arcades mauresques. Tu semblés regarder le golfe au loin bleuir. Ou bien tu suis des yeux, avec un long soupir. Les cavaliers frôlant l'or et l'azur des fresques.

Le front sur le vitrail aux losanges de plomb. Gemma, le long des nuits tu veilles dans la fièvre ; Pour étouffer tes cris, tes dents mordent la lèvre Où mit tant de baisers le doux jeune homme blond.

De ton péché commis savourant l'amertume. Est-ce que, dans ta chair et ton sang apaisés Par la jeune fraîcheur de vos premiers baisers. Le salutaire éclat du repentir s'allume?

Page 1