‹ PoésiesChapitre 58 sur 113 · PREMIÈRE PARTIE I5I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE I5I

Mère, ne livre pas mon innocente vie Au spectre du remords qui suit la foi trahie. Mère, vois cet anneau fidèle entre mes doigts : Il est un fils d'Adam, mère à qui je me dois. J'ai juré qu'Hippias délierait ma ceinture.

KALLISTA

Nous devons tout à Dieu, rien à la créature.

Si tu m'aimes...

KALLISTA

Je t'aime en Dieu.

Mère, entends-moi.

Arrache le filet de remords et d'effroi. Le filet de ton vœu qui m'a prise : délivre. Délivre-moi! Je veux respirer, je veux vivre. Écoute : j'ai revu tantôt l'époux futur Et j'ai promis encore, ici, sous le ciel pur. De le suivre, fidèle, en sa chambre d'ivoire Ou de dormir avec Caron, dans la nef noire. Oh! prends pitié de moi, te souvenant du jour Où ton cœur virginal fut parfumé d'amour.

KALLISTA

Je ne me souviens plus des vanités du monde. Mais le divin amour est comme une belle onde, Où le cœur dans l'ivresse et le ravissement, Epris de l'infini, s'abîme infiniment.

Si le besoin d'aimer te brûle et te tourmente, Plonge dans le torrent d'amour, heureuse amante ! Ce que j'ai fait est fait, et nul, selon la loi. Ne peut s'interposer entre le Christ et moi.

DAPHNÉ

Mère, c'en est donc fait, tu m'as prise en ton piège!

KALLISTA

J'ai dit. S'il se pouvait qu'impie et sacrilège.

Ma fille violât l'inviolable vœu.

Qu'elle ne voulût pas payer ma dette à Dieu,

Épargne, ô Justicier! sa tête consacrée

Et fais tomber sur moi la vengeance assurée.

Seule je me dévoue aux ténébreux troupeaux

Des Démons qui dans l'air nous guettent sans repos ;

Qjue je perde ta grâce et qu'à ta sainte table

Je ne tende jamais ma bouche détestable;

Qu'étrangère, sans part aux œuvres des chrétiens.

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