DEUXIÈME PARTIE l8l
Je saluerai ce monde à qui je suis ravie.
Pendant que tout cédait au sommeil enchanteur,
Sur la tête de buis du verrou protecteur
Ayant mis en tremblant une main matinale,
Furtive, j'ai quitté la chambre virginale.
Je viens vous saluer, ô terre, ô ciel, ô boisl
Et toi, vieille demeure, ô maison autrefois
En rires, en beaux chants, en couronne fréquente 1
O pone, ô seuil facile où dans la molle acanthe
Veille le vieil Hermès de bois de citronnier.
Favorisez mon pas vers vous : c'est le dernier.
Salle qui t'égayas le jour que je suis néel
Toi, l'appui du foyer, colonne où chaque année
Mon père mesurait en se réjouissant
La récente hauteur de mon front grandissant!
Pavé clair, parfumé d'essence aux jours de fête
Et que je vis longtemps si voisin de ma tête,
Lorsque mon scarabée aux élytres d'azur.
Captif au bout d'un fil, grimpait le long du mur.
Et quand, pliant l'osier en une trame égale,
Je faisais une cage à ma brune cigale !
Et toi, lampe prudente, adieu donc pour jamais 1
Elle ouvre la porte extérieure.
Dormez silencieux, dormez, vous que j'aimais; Si je vous ai nourris de gâteaux, beaux molosses.
l82 LES NOCES CORINTHIENNES
N'aboyez pas, dressés sur vos jarrets véloces; Gardiens, ne faites pas retentir vos colliers Au murmure innocent de mes pas familiers. Je veux courir au loin, je veux entendre encore Sur l'humide rocher le feuillage sonore. Oui, j'irai dans la nuit clémente à ma pudeur. Par le chemin où flotte une divine odeur, La chevelure au vent, de myrtes effleurée. J'irai vers la fontaine aux Nymphes consacrée. Je veux entendre encore au bord des froides eaux Chanter plaintivement les flûtes des roseaux. Et je sais, pour m'asseoir, un tertre sous l'yeuse. Que baigne avec amour la Nuit mystérieuse... Non I je suis insensée : il ne m'est plus permis De revoir la fontaine aux feuillages amis.
HIPPIAS, se réveillant .
Artémis, et toi. Reine à la belle couronne, Quelle est cette voix douce et triste qui frissonne. Et semble de vos chants un soupir aff'aibli? Je veille, et sur le seuil par la lune pâli, Vague en ses voiles blancs comme une ombre légère, Je vois, ô Nuit! je vois celle-là qui m'est chère. Ce n'est pas son image impossible à saisir; C'est elle 1 c'est son corps où flotte le désir.