TROISIÈME PARTIE
Sur l'autel domestique où jadis nous faisions Pour les Ombres aux Dieux d'amples libations.
LA NOURRICE
J'agis comme une enfant à l'âge d'une aïeule.
DAPHNÉ
Mets les pains et le sel. C'est bien ; laisse-moi seule. Va ! Je mélangerai moi-même le vin noir.
LA NOURRICE
Daphné, je t'obéis, car tel est mon devoir.
Mais quitte les tombeaux où le chien hurle et rôde,
Ma fille, et viens dormir dans la demeure chaude.
SCÈ'ME V
DAPHNE
Non, je ne trahirai ni le Dieu ni l'ami.
Et pourtant je suis faible et mon sein a frémi.
J'ai cru voir se chercher encor par les ténèbres,
Dans le noir colombier, les colombes funèbres, Les Ombres de ceux-là qui s'aimèrent entre eux, Sous un ciel indulgent, dans des jours plus heureux. Ils ont vécu, du moins, et leur cendre est contente. Quel eflFroi surhumain m'accable dans l'attente? Je sens planer sur moi tous les esprits de l'air. Oh 1 vivre, respirer et revoir le jour clair 1 Vains souhaits 1 Hâtons-nous, c'est l'heure. Avant qu'il' II me faut préparer et sa coupe... et la mienne. Je boirai dans ce vase où l'on voit ciselés Une vierge dormante et des enfants ailés Q.ui voltigent sur elle et s'éloignent en troupe.
Elle ouvre la fiole de la saga.
Je verse ce qu'il faut verser dans cette coupe.