TROISIÈME PARTIE
THÉOGNIS, à un des diacres du chœur.
A l'heure où le sommeil a vaincu tous les fronts, Une lampe, au tombeau des anciens vignerons, Douteuse, veille encore et dans l'ombre rougie Semble guider le vol, le rapt ou la magie. Dionysos, mon fils, va voir d'un pied furtif Quelle œuvre on accomplit sous le pin noir et l'if. Va, mon fils; car il faut que le gardien épie Les actes ténébreux du fourbe et de l'impie.
// passe. Le diacre Dionysos se glisse jusqu'au tombeau des vignerons et voit, sans être xm, Hippias et Daphne. Il court rejoindre l'évèque, qui a poursuivi sa route avec le cJxeur.
On entend encore LE CHŒUR DES FIDÈLES.
Seigneur, accorde à notre sang La seule gloire qui lattire.
Mets sur nos robes de lin blanc La rose rouge du martyre.
DAPHNÉ
C'est le chant des chrétiens, l'hymne retentissant Qui monte vers les Saints baptisés par le sang. Où donc flotte, ô Martyrs, votre candide armée?
2l6 LES NOCES CORINTHIENNES
HIPPIAS
Viens. J'étends mon manteau sur ta poitrine aimée,
D APHNÉ.
Cette retraite est sûre, Hippias; ne crains pas.
Je veux, comme il convient, t' offrir un beau repas.
Et nous boirons le vin dans la chambre sacrée.
Prends ta place, Hippias; la table est préparée.
Ami, c'est le festin des noces, et voici
Le calice, l'aiguière au long col aminci,
Les coupes, les parfums, le sel et les couronnes,
Et les lys mariés aux frêles anémones.
Car il nous faut, devant les Ombres des aïeux,
Célébrer notre hymen par un banquet pieux.
La pâle violette et la molle hyacinthe
Parfument doucement ma tête trois fois ceinte.
Répands autour de nous les flacons odorants;
Attache sur ton front les belles fleurs, et prends
La coupe où j'ai mêlé le vin sombre à l'eau pure.
HIPPIAS
Dans le tombeau désert et sous la nuit obscure Des roses du festin j'ornerai mes cheveux, O Daphné. Je consens à tout ce que tu veux,