TROISIÈME PARTIE
Et comme toi j'estime en mon cœur qu'il est juste De fêter saintement notre union auguste. Je t'oflfre donc le vin, Héré, chère aux époux. Cypris marine, et toi, la Chasseresse, et vous, Éros, qui déployez la nuit vos ailes blanches, Protégez avec moi l'épouse aux belles hanches, Si vous favorisez la pudeur et l'amour.
DAPHNÉ
Je tendrai vers le ciel une coupe à mon tour. Dieu qui sous l'olivier craignis l'amer calice, Regarde. Je ne peux, sans que mon cœur faiblisse. Hélas 1 je ne peux pas goûter ce vin encor; Mes lèvres n'osent pas toucher la coupe d'or.
Bois, et tu me tendras la coupe à moitié pleine. Pour que je trouve au vin le goût de ton haleine.
Hippias! je boirai le vin noir; je le dois.
Je le veux. Vois, je tiens la coupe entre mes doigts.
HIPPIAS
Bois à notre union, amie.
O destinée 1 C'est donc fait, j'ai vidé la coupe d'hyménée. Il ne faut plus, ami, qu'elle serve au repas. Je la consacre au Dieu que tu ne connais pas. Ma part n'est point d'aimer sur des tapis de roses, Dans un sourire clair, parmi de douces choses; Moi j'aime avec mes nerfs, mes moelles et mon sang, Offerte tout entière et la mort dans le flanc. La clarté de tes yeux m'inonde de délices. Tes cheveux sont brillants et tes tempes sont lisses. Hippias, sur ta joue un duvet incertain Est répandu semblable aux vapeurs du matin.
Sur tes lèvres en fleurs d'invisibles abeilles, Daphné, font un murmure agréable aux oreilles; Et la volupté sainte a doucement gonflé. Comme un bouton qui veut fleurir, ton sein voilé.
DAPHNÉ
Mon Hippias, ta taille et ton noble visage
Font songer aux héros dont nous voyons l'image.