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LES COLOMBES

Deux belles s'étaient baisées... Le pocte-berger, témoin jaloux de leurs caresses, chante ainsi :

« Que les deux beaux oiseaux, les colombes fidèles,

Se baisent. Pour s'aimer les dieux les firent belles.

Sous leur tête mobile, un cou blanc, délicat,

Se plie, et de la neige effacerait l'éclat.

Leur voix est pure et tendre, et leur âme innocente, 5

Leurs yeux doux et sereins, leur bouche caressante.

L'une a dit à sa sœur : « Ma sœur. . . . .

Ma sœur, en un tel lieu croissent Torge ^t le millet .

L'autour et l'oiseleur, ennemis de nos jours, De ce réduit, peut-être, ignorent les détours^, Viens lo

IX. — Cette allégorie est fréquente chez les i)oëtes; elle inspireia encore Anciié plus tard dans les sombres murs de Saint-Lazare; voy. Dern. poésies.

Segrais, Égl. IV, se souvenant de Properce, a tracé un petit tableau ipi'il est intéressEDtde rapprocher de l'idylle de Cliéuier:

Aminle, arrête un peu ; voi sur ce vieux cormier

Le baiser amoureux du sauvage ramier,

Les caresses qu'il fait à sa compagne aiiiice ,

Qui d'un même désir so fait voir animée.

Peut-on , considérant leur innocent souci ,

Ne pas dire en soi-même : Heureux qui vit ainsi!

Sur ce verd ali?.ier voi ces deux tourterelles

Se chercher, s'approcher, et trémousser des ailes;

Si l'une des deux fuit , soudain l'autre suivra ,

Et tant qu'elles vivront ce plaisir durera. Serait-ce à Segrais que Gessner, Damon cl P/iilis, aurait emprunté ce passaj^e : '< Vois-tu, Philis, vois-tu là-l:as sur cet arbre ces deux colombes? Regarde, regaide comme elles entrelacent a<lnural>lemenl leurs ailes! Eco\ile comme elles gémissent tendrement.,., etc. »

104 PUESIES ANTIQUES

Je te choisirai moi-même les graines que tu aimes , et mon bec s'enlrelaceia dans le tien. »

L'autre a dit à sa sœur : « Ma sœur, une fontaine Coule dans ce bosquet »

L'oie ni le eanaril n'en ont jamais souillé les eaux, ni leurs eris. Viens, nous y trouverons une boisson pure, et nous y l)aignerons notre tête et nos ailes, et mon bec ira polir ton plumage. » — Elles vont, elles se promènent en roucoulant au bord de Feau ; elles boivent, se baignent, mangent , puis , sur un rameau , leurs becs s'entrelacent ; elles se polissent leur plumage l'une à l'autre.

Le voyageur, passant en ces fraîches campagnes.

Dit ; « Oh! les beaux oiseaux! oh! les belles compagnes ! m

Il s'arrêta longtemps à contempler leurs jeux ; 15

Puis, reprenant sa route et les suivant des yeux.

Dit : « Baisez, baisez- vous, colombes innocentes,

Vos cœiu's sont doux et purs et vos voix caressantes ;

Sous votre aimable tète, un cou blanc, délicat,

Se plie, et de la neige effacerait l'éclat. » '20

V. 13. (îe voyaj^eur n'esl pas, il nous seinl)le , le berger du eomiiuMircineiit. Le berger, c'est le poète qui voit deux jeunes belles se baiser, et cpii se compare, lui aussi, au voyageur qui, dans la campagne, s'arrête cliariné des jeux iiinocenls de deux colombes. Voy. Sainte-Beuve, Porlr. litt.

V. 17. Relisez un sonnet de Ronsard, Âm. 11, Lxn, (pii se lei'iiiine ainsi ;

G gentils oiselets, que vous estes heureux I ete. Et celle pensée de Ronsard se retrouve dans Racaii , I , Ml , pres(|ue avec la même l'orme :

Petits oise:iux des Ijois , que vous estes lieuieu\

l»e plaindre librement vos tourments amoureux I

Y. 19-20. .VH'red de Musset s'est souvenu de ce passage dans des vers bien connus.

ÉPIGRAMMES

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