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AUX FRÈRES DE PANGE

\'oiis restez, mes amis, dans ces murs où la Seine

Voit sans cesse embellir les bords dont elle est reine,

Et près d'elle partout voit changer tous les jours

Les fêtes, les travaux, les belles, les amours.

Moi, l'espoir du repos et du bonheur peut-être, 5

Cette fureur d'errer, de voir et de connaître,

La santé que j'appelle et qui fuit mes douleurs

(Bien sans qui tous les biens n'ont aucunes douceurs),

A mes pas inquiets tout me livre et m'engage.

C'est au milieu des soins, compagnons du voyage, lo

Que m'attend une sainte et studieuse paix

Que les flèches d'amour ne troubleront jamais.

Je suivrai des amis; mais mon âme d'avance,

Vous, mes autres amis, pleure de votre absence.

Le verbe chaloir était expressif et vif; il est à regretter, ainsi que l'emploi de uonchalant avec complément. Régnier, Sat. VII :

Si l'autre est, au rebours , des Mires nonchalante . C'est aussi la langue de Pascal, Pensées sur l'éloquence et le style, XVUI : << Il (Montaigne) inspire une nonchalance du salut sans ci'ainte et sans repentir. » XI. — V. 8. Éd. 1826 et 1839 :

(Bien sans qui tous les biens n'offrent point de douceurs). Correction sans valeur. Aucun « se met quelcpiefois au pluriel » dit rAcadéniie. Il y en a de nombreux exemples dans Corneille. Racine a dit dans Phèdre, sans y être astreint par la rime ou par la mesure :

Aucuns monstres par moi domptes jusqu'aujourd'hui. VLw voici un exemple en prose dans d'Alembert, Système du monde : « Dans noire physi(pie, presque aucuns principes généraux dont. . . »

V. 10. « Soins, » préoccupations, soucis. La Fontaitie a dit, Fah. IX, Il :

Au moins que les travaux ,

Les dangers, les suins du i-oijaijc, Changent un peu votre courage.

Et voudrait, partagée en des penchants si doux, 15

Et partir avec eux et rester près de vous.

Ce couple fraternel, ces âmes que j'embrasse

D'un lien qui, du temps craignant peu la menace,

Se perd dans notre enfance, unit nos premiers jours,

Sont mes guides encore; ils le furent toujours. 20

Toujours leur amitié, généreuse, empressée,

A porté mes ennuis et ne s'est point lassée.

Quand Phœbus, que l'hiver chasse de vos remparts,

Va de loin vous jeter quelques faibles regards.

Nous allons, sur ses pas, visiter d'autres rives, 26

Et poursuivre au midi ses chaleurs fugitives.

Nous verrons tous ces lieux dont les brillants destins

Occupent la mémoire ou les yeux des humains :

Marseille où l'Orient amène la fortune ;

Et Venise élevée à l'hymen de Neptune ;

Le Tibre, fleuve-roi ; Rome, fille de Mars,

Qui régna par le glaive et règne par les arts ;

Athènes qui n'est plus, et Byzance, ma mère;

Smyrne qu'habite encor le souvenir d'Homère.

Croyez, car en tous lieux mon cœur m'aura suivi,

Que partout où je suis vous avez un ami.

Mais le sort est secret ! Quel mortel peut connaître

V. '.U. Virgile, Ériéir/r, VII!, 77, appelle le Tibre : « Hesperiduin fhivius regnator aquarum. » Il avait dit de rÉridan, Géorg. \, 482 : « Fluvioriim rex Eridanus. » Stace, Silves, III, v, 101, nomme le Tibre : « Ductor aquarum. »

V. 3i. « Smjrne, « une des villes qui ont réclamé l'honneur d'avoir donné naissance à Homère; vOy. Riccius, D'iss. hom. p. 15.

v. 37,38. TibuUe, III, iv, 45 :

Sed, proies Scmelx, lîacchiis (loclaeque sorores Dicere non noiuni, quirt fcrat lioia scquons. (-ar, comme le dit Sénèque, Cons. à Polyl"^ : « Nihil ne in totum quidcin dicni cerli est. » Les poètes abondent en pensées sur l'ineerlituile de l'avenir et sur la habilité du bonheur; voy. Piudare, Oljiiif). Il, 55.

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