V. 7. (j'est le souhait de Ronsard, Arn. Il, XXI
Que ne suis-Je insensible? ou que n'est uioii visage
De rides labouré ?
V. le. Le style homérique se plie heurcuseuient aux giàees (le l'élégie; .Viidié parle des femmes comme Homère des Muses.
LIVRK l— MEDITATIONS — VOYAGES 183
cluMige... Conduis-moi vers elle, puisque c'est elle que tu nie rappelles toujours... Allons, suivons les fureurs de làge; mais puisse-t-il passer vite ! . . . Puisse venir la vieillesse ! . . . La vieillesse est seule heureuse. ((Contredire pied à pied l'élégie contre la vieillesse.
Le \ieillard se promène à la campagne, se livre à des goûts innocents, étudie sans que les vaines fureurs d'Apollon le fatiguent... Les soins de la propreté, une vie innocente, font fleurir la santé sur son visage ; s'il devient amoureux d'une jeune belle,
Il a le bien d'aimer sans en avoir les peines; 25
il n'en exige rien, il ne veut que l'aimer.
Elle V consent, tout le monde le sait-, elle le permet,
et n'en fait pas mystère.
Et ne le reçoit point avec tni œil sévère,
^'affecte point de rire en le voyant pleurer.
Ne met point son étude à le désespérer. 30
Non ; il entre, elle accourt ; une aimable indulgence
Sourit dans ses beaux yeux au vieillard qui s'avance :
Il l'embi^asse. Il n'a point ces suprêmes plaisirs
Dont son âge paisible ignore les désirs...
Mais il est assis près d'elle, il la voit : elle livre ses bras à ses baisers,
A ses débiles mains laisse presser ses flancs, 35
Et le caresse, et joue avec ses cheveux blancs.
^. 25. .Sainl-Lanihert, dans un poenie long el troici, sur les citai mes de la vieillesse :
La beaulé peut donner une volupté pure
Sans porter dans nos cœurs le trouble du désii'.
Sénèque, £/>. ad Luc. XII , a touclié quelques mots des asaiilages île la vieillesse, mais, il l'aut le dire, lui [leu en rhéteur.
Les petits garçons et les petites filles, qui jouent, sautent de joie en Tcntendant venii\ Il se mêle avec (i), il fait la paix, il est l'arbitre de leurs jeux. Quand il y a une belle partie à la promenade, à Fombre on l'attend, on lui garde la meilleure place.
Au sein de ses amis il éteint son flambeau,
Et ceux qui l'ont connu pleurent sur son tombeau.
Partons, la voile est prête, et Byzance m'appelle.
.le suis vaincu ; je suis au joug d'ime cruelle.
Le temps, les longues mers peuvent seuls m'arracher
Ses traits que malgré moi je vais toujours chercher;
Son image partout à mes yeux répandue,
Et les lieux cpi'elle habite, et ceux où je l'ai vue.
Son nom qui me poursuit, tout offre à tout moment
A.U feu qui me consume un funeste aliment.
Ma chère liberté, mon unique héritage ,
(1) <( Il se mêle avec. » Dans l'éd. 1839, on a corrigé et mis : « Il se mêle avec eux. » L'expression d'André n'est qu'une inattention, ou plutôt c'est le style abrégé d'une note manuscrite. Ce serait une faute. On trouve cependant le mot aveajue employé sans complément par nos vieux écrivains, à l'éiioipie où la langue n'était pas encore fixée. — Villon , Grand Test. II :
Foy ne lui iloy, ne lioinmngc arcriiiir. XYI. — V. 3. Properce, III, xxi :
Mngniim iter ad doctas proficisci co>,'(ir Allicnas,
Ut me lonçia fjravi solvat amorr via.
Crt'scit cnim adsidue spcctando cura piiclla';
Ipso alimenta sibi maxinia pra'bct anior. Omuia sunt tcntata luilii , quacuniqui' fu^'aii Possit : at ex omni rac promit 111e deus. V. 9. Tihulle, II, IV :
Jlic mitii servitium video, dominamqiic parataiu ;
LIVKE I— MÉDITATIONS — VOYAGES 185
Trésor qu'on méconnaît tant qu'on en a l'usage, lo
Si doux à perdre, hélas ! et sitôt regretté. M'attends-tu sur ces bords, ma chère liberté ?
XVJl
Salut, dieux de l'Euxin, Hellé, Sestos, Abyde,
Et nymphe du Bosphore et nymphe Propontide ,
Qui voyez aujourd'hui du barbare Osmalin
Le croissant oppresseur toucher à son déclin ;
Hébre, Pangée, Hîiemus, et Rhodope et Riphée , 5
Salut, Thrace, ma mère et la mère d'Orphée,
Galata, que mes yeux désiraient dès longtemps ;
Car c'est là qu'une Grecque, en son jeune printemps.
Belle, au lit d'un époux nourrisson de la France,
Me fit naître Français dans les murs de Byzance. lo
Jnra milii Hberias illa "paterna vale.
Servitiiim sed triste datur, teneorque catenis, Et nunquam misero vincla remittit amor.
Ronsard, Son. pour Hélène, LXVII, regrette aussi sa liberté : Ah ! belle Liberté, qui me servois d'escorte, Quand le pied me portoit où libre je vouloisl Ah ! que je te regrette ! Hélas I combien de fois Ay-je rompu le joug que malgré moy je porte !
XMI. — V. 1. Hellé , voy. P. ant. El. V. — Sestos, Abydos, sur le Bosphore, vis-à-vis l'une de l'autre, célèbres par les amours d'Héro et de Léandre.
V, 5. Hèbre, fleuve de Thrace; Pangée, montagne de Macédoine; Hxmus , montagne de Thrace qui s'étend jusqu'au Pont-Euxin (Strab. VII, vi); Rliodope, montagne de Macédoine; Riphée, voy. Élégies, I, V, 39.
V. 6. La Thrace fut aussi la mère de Musée et de Thamyris (Strabon, X, m, 17).