SUR L'ENTRÉE TRIOMPHALE DES SUISSES DE CHATEAUVIEUX
Salut, divin Triomphe ! entre dans nos murailles !
Rends-nous ces guerriers illustrés Par le sang de Désille et par les funérailles
De tant de Français massacrés.
Jamais rien de si grand n'embellit ton entrée , 5
Xi quand l'ombre de Mirabeau S'achemina jadis vers la voûte sacrée
Où la gloire donne un tombeau ; Ni quand Voltaire mort et sa cendre bannie
Rentrèrent aux murs de Paris, lO
Vainqueurs du fanatisme et de la calomnie
Prosternés devant ses écrits.
Un seul jour peut atteindre à tant de renommée,
Et ce beau jour luira bientôt!
C'est quand tu conduiras Jourdan à notre armée, 15
Hymxe. L'Éd. 1819 n'avait donné que les seize premiers vers. — Pour tout ce qui a rapport aux circonstances au milieu desquelles cet hymne fut composé, voyez, dans les OEuvres en prose, les lettres V, VI, VII, VIII, anx auteurs du Journal de Pam ; l'Adresse I à l'Assemblée nationale ; la lettre anonyme aux auteurs du Journal de Paris, p. 317, et la lettre p. 318.
V. 5. De ce mouvement éloquent et poétique, on peut l'approcher im passage d'Horace , Epod. IX :
lo iriuinphel tu nioniris aiircos
Currus, et intyclas boves ?
lo triumphe I nec Jugurlhiiio parem
Bello reportasti duciiu, Neque Africano, cui siipcr Carthagincin
Virtus st'pulciuiii condidit.
V. 15. Jourdan l'Avignonnais dit Coupe-Téte. — Éd. 1819, 1833, 1839 : C'est quand tu porteras Jourdan à notre armée.
xc HYMNE
Et Lafayette à l'échafaud.
Quelle rage à Coblentz ! quel deuil pour tous ces princes,
Qui partout diffamant nos lois, Excitent contre nous et contre nos provinces
Et les esclaves et les rois ! 20
Ils voulaient nous voir tous à la folie en proie.
Que leur front doit être abattu !
Tandis que parmi nous, quel orgueil, quelle joie.
Pour les amis de la vertu !
Pour vous tous, 6 mortels, qui rougissez encore 25
Et qui savez baisser les yeux 1 De voir des échevins que la Râpée honore
Asseoir sur un char radieux Ces héros que jadis sur les bancs des galères
Assit un arrêt outrageant, 30
Et qui n'ont égorgé que très-peu de nos frères.
Et volé que très-peu d'argent !
Eh bien, que tardez-vous, harmonieux Orphées?
Si sur la tombe des Persans Jadis Pindare, Eschyle, ont dressé des trophées, 35
11 faut de plus nobles accents.
Quarante meurtriers, chéris de Robespierre,
Vont s'élever sur nos autels.
Beaux-arts qui faites vivre et la toile et la pierre,
Hâtez-vous, rendez immortels ''o
V. 27. « Que la Hdpée honore , » (iiriioiiore la popiilare des poits. André l'ail ici allusion à la popularilé de Pt'iion el des inembres de la comniiiiu', et non à ce l'ait, l'apporté dans l'éd. 183!), ([uc Pétion et quel([ues-uns de ses collègues auraient été trouvés en bonne fortune dans un cal)aret d(! la IJàpée.
V. 31-32. Excès qu'il fléti'it aussi dans Vàv'is aux Français , OEuircs en prose, p. 21 : « Des soldats qui pillent les caisses de leur régiment, qui outragent, emprisonnent, menacent leurs olïiciers »
HYMNE xci
Le grand CoUot-d'Herbois, ses clients helvétiques,
Ce front que donne à des héros La vertu, la taverne, et le secours des piques !
Peuplez le ciel d'astres nouveaux.
O vous! enfants d'Eudoxe, et d'Hipparque, etd'Euclide! 45
C'est par vous que les blonds cheveux, Qui tombèrent du front d'une reine timide,
Sont tressés en célestes feux ; Par vous l'heureux vaisseau des premiers Argonautes
Flotte encor dans l'azur des airs; 50
Faites gémir Atlas sous de plus nobles hùtes,
Comme eux dominateurs des mers.
Que la nuit de leurs noms embellisse ses voiles,
Et que le nocher aux abois hivoque en leur galère, ornement des étoiles, 55
Les Suisses de CoUot-d'Herbois.
V. 41. Audré prend ici le mol clients avec le sens de créatures qne lui donne souvent Tacite.
V. 45. Eudoxe, Hipparque, Eitclide, astronomes célèbres de l'antiquité.