LIVRE I — MÉDITATIONS— VOYAGES
Elle rit et s'égaye aux danses du satyre ;
Ou l'aveugle Ossian y vient pleurer ses yeux, 5.'.
Et pense voir et voit ses antiques aïeux
Qui dans l'air, appelés à ses hymnes sauvages,
Arrêtent près de lui leins palais de nuages.
Beaux-arts, 6 de la vie aimables enchanteurs.
Des plus sombres ennuis riants consolateurs, GO
Amis sûrs dans la peine et constantes maîtresses,
Dont l'or n'achète point l'amour ni les caresses,
Beaux-arts, dieux bienfaisants, vx)us que vos favoris
Par un indigne usage ont tant de fois flétris,
Je n'ai point partagé leur honte trop commune ; 65
Sur le front des époux de l'aveugle Fortune
Je n'ai point fait ramper vos lauriers trop jaloux :
J'ai respecté les dons que j'ai reçus de vous.
Je ne vais point, à prix de mensonges serviles,
^ ous marchander au loin des récompenses viles, 7o
Et partout, de mes vers ambitieux lecteur,
Faire trouver charmant mon luth adidateur.
V. 60. Horace, Od. 1, xxxii, ad lyrmn : « 0 laboniin diilce leiiinieii. » V. «2. Éd. 182G et 1839 :
Dont l'or n'jcliéte point l'amour et les caresses. V. 64. Ce passage rappelle une note de Chénier sur Malherbe (Citanson pour /<• duc de Bellegarde) où il lui reproche de se faire l'entremetteur du duc de Beliegarde. v. G8. Même pensée dans les œuvres en prose {Premier chapitre sur les causes et les effets de la décadence des lettres) : « Toujours soutenu par mes amis, je sentis au moins dans moi que mes vers et ma prose, goûtés ou non, seraient mis au rang du petit nombre d'ouvrages qu'aucune bassesse n'a flétris. » — Pétrone, Sut. V, a dit : Artis se\erae si quis haniat cffeetus, Mentenique magnis applicat , prius more Frugalitatis lege polleat cxaeta :
^fec curet alto rcgiani trucem viillu, Cliensve cœnas impottntium caplet.
Et Roileau, Sat. 1
.le ne sais point en liche essuyer les outrages D'un faquin orgueilleux qui vous tient à ses gages ; De mes sonnets flatteurs lasser tout l'univers, Kt vendre au plus offrant mon encens et mes vers.
Abel, mon jeune Abel, et Trudaine et son frère,
Ces vieilles amitiés de l'enfance première,
Quand tous quatre, muets, sous un maître inhumain, 75
Jadis au châtiment nous présentions la main ;
Et mon frère et Le Brun, les Muses elles-mêmes ;
De Pange, fugitif de ces neuf Sœurs qu'il aime :
Voilà le cercle entier qui, le soir quelquefois,
A des vers non sans peine obtenus de ma voix, 80
Prête une oreille amie et cependant sévère.
Puissé-je ainsi toujours dans cette troupe chère
iMe revoir, chaque fois que mes avides yeux
Auront porté longtemps mes pas de lieux en lieux.
Amant des nouveautés compagnes de voyage ; 85
Courant partout, partout cherchant à mon passage
Quelque ange aux yeux divins qui veuille me charmer.
Qui m'écoute ou qui m'aime, ou qui se laisse aimer !
V. 76. Juvénal, Sat. I, 15, se sovivient aussi de ce châtiment de l'enfance :
Et nos ergo manura ferulœ subduxiraus.
V. T8. « Fugitif de. . . » Le Brun, Ode à Duffon : <c Et fugitive du cercueil. . . Son âme. . . » Rousseau, Epitre aux Muses :
Et j'ai trouvé ce faible stratagème Pour m'éviter, fugitif de moi-même.
V. 80. Horace, Sat. I, iv, 73, nous parle aussi de ce cercle d'amis sûrs : Non rccito cuiquam, nisi amicis, idque coactus. Et Sat. I, X, 80, il nous donne leurs noms. Thomson , Seas. JVinter, célèbre aussi ce cénacle de juges, amis et cependant sévères. — Ce sont les mœurs littéraires du dixseptième siècle. Boilcau, Art poét. 1, a dit :
Faites-vous des amis prompts à vous censurer. Qu'ils soient de vos écrits les confidents sincères, , Et de tous vos défauts les x.élés adversaires.