‹ PoésiesChapitre 177 sur 341 · LIVRE I — MÉDITATIONS — VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE I — MÉDITATIONS — VOYAGES

Eh ! le pourrais-je au moins ! suis-je assez intrépide? Et toute belle enfin serait-elle perfide ? Moi, tendre, même faible, et dans l'âge d'aimer, Faut-il n'oser plus voir tout ce qui peut charmer ! Quand chacun à l'envi jouit, aime, soupire, 5

Faut-il donc de Vénus abjurer seul l'empire ! Ne plus dire : Je t'aime ! et dormir tout le jour. Sans avoir pour adieux quelques baisers d'amour ! Et lorsque les désirs, les songes, ou l'aurore. Troubleront mon sommeil, me réveiller encore, lo

Sans que ma main déserte et seule à s'avancer Trouve dans tout mon lit une main à presser !

S'ils n'ont point le bonheur, en est-il sur la terre ?

Quel mortel, inhabile à la félicité.

Regrettera jamais sa triste liberté, 15

XXIV. — Nous avons, dans cette élégie, rapproché deux fragments qui seniljlenl développer une même idée, facile à deviner et à compléter. Voici comment nous supposons que devait se dérouler la pensée d'André : Mes amis me le conseillent ; je veux les écouter, me livrer à l'étude, quitter ce sexe trompeur, perfide. . .

Eh ! le pourrais-je au moins I suis-je assez intrépide ? ele. Kn vain on me dit que le plaisir en .imour est amer , que les amants portent des chaînes, qu'ils n'ont point le bonheur. . .

S'ils n'ont point le bonheur, en est-il sur la terre 1 etc. V. 1. TibuUe, I, v :

Asperum et bene dissidium me ferre loquebar ; At raihi nunc longe gloria fortis abest. V. 13. Éd. 1839 :

S'ils n'ont point de bonheur, en est-il sur la terre ?

Si jamais tles amants il a connu les ciiaines ?

Leurs plaisirs sont bien doux, et douces sont leurs peines j

S'ils n'ont point ces trésors que l'on nomme des biens,

Ils ont les soins touchants, les secrets entretiens ,

Des regards, des soupirs la voix tendre et divine, 20

Et des mots caressants la mollesse enfantine.

Auprès d'eux tout est beau, tout pour eux s'attendrit.

Le ciel rit à la terre, et la terre fleurit.

Aréthuse serpente et plus pure et plus belle ;

Lue douleur plus tendre anime Pliilomèle. 25

Flore embaume les airs ; ils n'ont que de beaux cieux.

Aux plus arides bords Tempe rit à leurs yeux.

A leurs yeux tout est pur comme leur âme est pure ;

Leur asile est plus beau que toute la nature.

La grotte, favorable à leiu's embrassements, 30

D'âge en âge est un temple honoré des amants.

O rive du Pénée ! antres, vallons, prairies.

Lieux qu'Amour a peuplés d'antiques rêveries ;

Vous, bosquets d'Anio; vous, ombrages fleuris,

Dont l'épaisseur fut chère aux nymphes du Liris ; 30

Toi surtout, ô Vaucluse ! ô retraite charmante !

Oh! que j'aille v languir aux bras de mon amante;

De baisers, de rameaux, de guirlandes lié.

V. 27. Ainsi iya' yérélliuse au v. 24, André emploie ici Ti /«/)(• niétaphoriquenienl, comme Virgile, Géorg. \\, 4G9. Sface, Tln-h. X, 119, a dit, et c'est pcut-èlre à lui que nous devons le vers d'André :

Effulgcnt silvae , tcncbrosa Tempe

.Irriscre Deae

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