‹ PoésiesChapitre 182 sur 341 · LIVRE I — MÉDITATIONS — VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE I — MÉDITATIONS — VOYAGES

Qu'ils s'élèvent eux-mème au-dessus des abîmes. Mais bientôt à leurs pieds qu'il descende; à ses yeux S'étendent mollement vallons délicieux, Pâturages et prés, doux enfants des rosées. Trient, (Cluses, Magland, humides Élysées, 20

Frais coteaux, où partout sur des flots vagabonds Pend le mélèze altier, vieil habitant des monts.

Ainsi, lorsque souvent le gouvernail agile

De Douvre ou de Tanger fend la route mobile,

Au fond du noir vaisseau sur la vague roulant

Le passager languit malade et chancelant.

Son regard obscurci meurt. Sa tête pesante 5

Tourne comme le vent qui souffle la tourmente,

Et son cœur nage et flotte en son sein agité

Comme de bonds en bonds le navire emporté.

Il croit sentir sous lui fuir la planche légère.

Triste et pâle, il se couche, et la nausée amère io

Soulève sa poitrine, et sa bouche à longs flots

Inonde les tapis destinés au repos.

Il verrait sans chagrin la mort et le naufrage :

Stupide, il a perdu sa force et son courage.

XXVII. — Le début de cette pièce indique que cette longue comparaison dans l'esprit d'André devait s'appliquera quelque pensée saisissable de son àme, comme celle-ci : Souvent dans la vie l'homme est saisi par le dégoût de toutes choses ; il perd alors toute force, tout courage, et n'a plus même celui de vivre. Ainsi, etc. Cette pièce , on le voit, est du genre de la précédente, où il développe une pensée au moyen d'une comparaison longue et détaillée.

Il ne retrouve plus ses membres engourdis. 15

Il ne peut secourir son ami ni son fils,

Ni soutenir son père, et sa main faible et lente

Ne peut serrer la main de sa femme expirante.

Fait en partie dans le \aisseau, en allant à Douvres, le 6 , concile et souffrant. Écrit à Londres, le lo décembre 1787.

XXVUI

Sans parents, sans amis et sans concitoyens.

Oublié sur la terre et loin de tous les miens,

Par les vagues jeté sur cette île farouche,

Le doux nom de la France est souvent siu* ma bouche.

Auprès d'un noir foyer, seul, je me plains du sort. •'>

Je compte les moments, je souhaite la mort ;

Ft pas un seul ami dont la voix m'encourage.

Qui près de moi s'asseye, et, voyant mon visage

Se baigner de mes pleurs et tomber sur mon sein.

Me dise : « Qu'as-tu donc ! » et me presse la main. 10

Londres, décembre 1787.

XXVIII. — V. I. C'est après avoir senti lui-iuènie les douieins de l'exil (|ue, ilans V.^i'is aux Français, voulant apjjeler la pitié pn^licpie sur Ifs émigrés, il les peiniira eriant << de contrée en contrée, pauvres, ne lenant à rien, .lari.t parents, sans amis, seuls... » Ipliigénie dit dans Euripide, Ipliig. en Taiir. 2IS :

Nùv ô' à?£ivou ttôvtou Çeiva

8\j(j/ôpT0'j; oi'xoyç vatto

àyaixoç, arexvoi;, âTtoXiç, acpiXo;.

(iéricault, dans une lettre inédile 'datée de Florence, s'écrie avec un accent de poêle : '< l\aniassez le pins (|ue vous pouric/ de bons amis, on ne i)eut élre tiop ipiand on est loin de la pairie. »

(■) Cette li'ttrr fiil partie d'une collection dont nous nous proposons d'entretenir un Jour le pnblii'.

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