‹ PoésiesChapitre 183 sur 341 · LIVRE I — MÉDITATIONS — VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE I — MÉDITATIONS — VOYAGES

O nécessité dure ! ù pesant esclavage ! O sort ! je dois donc voir, et dans mon plus bel âge, Flotter mes jours, tissus de désirs et de pleurs, Dans ce flux et reflux d'espoir et de douleurs !

Souvent, las d'être esclave et de boire la lie 5

De ce calice amer que l'on nomme la vie,

Las du mépris des sots qui suit la pauvreté,

Je regarde la tombe, asile souhaité ;

Je souris à la mort volontaire et prochaine ;

Je me prie, en pleurant, d'oser rompre ma chaîne; lo

Le fer libérateur qui percerait mon sein

Déjà frappe mes yeux et frémit sous ma main ;

Et puis mon cœur s'écoute et s'ouvre à la faiblesse :

Mes parents, mes amis, l'avenir, ma jeiuiesse.

Mes écrits imparfaits ; car, à ses propres yeux, 15

L'homme sait se cacher d'im voile spécieux.

A. quelque noir destin qu'elle soit asservie,

D'une étreinte invincible il embrasse la vie,

Et va chercher bien loin plutôt que de mourir,

Quelque prétexte ami de vivre et de souffrir. 20

Il a souffert, il souffre : aveugle d'espérance,

XXIX. — V. 12. Homère, Odjss. XVI, 294, a dit énergiquemenl :

AOtôç -yàp èçéXxETai ôcvSpa crîÔYipo;.

C'est ce désir de la mort, maladie terrilile, comme le dit Maxiniien, 1 . Quodque omni est pejus funere, velle mori. V. 21 et siiiv. Voyez La Fontaine, Fab. I, XV; et dans la suivante : Le trépas vient tout guérir; Mais ne bougeons il'oii nous sommes :

Plutôt souffrir que mourir!

C'est la devise des hommes.

Il se traîne au tombeau de souffrance en souffrance,

Et la mort, de nos maux ce remède si doux,

Lui semble un nouveau mal, le plus cruel de tous.

Plus loin encore, Fab. VIll, i :

Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret. Virgile, Enéide, VI, 436, a bien exprimé ce regret de la vie, quand il dit des

morts :

Quam vellcnt ïthere in alto

Nunc et pauperiem et duros pcrferre labores I

Rt Val. Flaccus, Arg. YII, 337, lorsque Médée tient le poison à sa main :

0 nimium jucunda dies, quam cara sub ipsa Morte m;icis I

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