‹ PoésiesChapitre 210 sur 341 · LIVRE II — CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II — CAMILLE

Wiiidra ceux dont Madère a formé l'ambroisie, Ou ceux dont la Garonne enrichit ses coteaux, Ou la vigne foulée aux pressoirs de Citeaux. 30

Non, rien n'est plus heiueux que le mortel tranquille Qui, cher à ses amis, à l'amour indocile, Parmi les entretiens, les jeux et les banquets, Laisse couler la vie et n'y pense jamais.

Ah! qu'un front et qu'une âme à la tristesse en proie 35

Feignent malaisément et le rire et la joie !

Je ne sais, mais partout je l'entends, je la voi ;

Son fantôme attrayant est partout devant moi ;

Son nom, sa voix absente errent dans mon oreille :

Peut-être aux feux du vin que l'amour se réveille ; 40

Sous les bosquets de Chypre, à Vénus consacrés,

Bacchus mûrit l'azur de ses pampres dorés.

J'ai peur que, pour tromper ma haine et ma vengeance,

Tous ces dieux malfaisants ne soient d'intelligence.

Laisse couler sa vie et n'y pense jamais. V. 35. Tibulle, 111, vi, 33 :

Hei milii I DifGeile est imitari gaudia falsa : Diflicile est tristi flngere mente jocum. V. 39. [Le premier qui a employé de la sorte le mot absent fut neuf et hardi ; mais on a fort abusé de cette expression. Le Brun a dil dans une ode : La colombe des amours Par un vain songe obsédée, Souvent expire en idée Sous l'ongle absent dos vautours.

Marie-Joseph Chénier a quelque part aussi cette expression. Palissot, dans la Diinciade, VII, l'imilede Stace, Tliéb. VI, 401, croyant l'imiter de Claudien. Boisjolin, traduisant la Forêt de Windsor, a suivi les traces de Stace et de Pope :

L'impatient coursier palpite dans l'attente

Sur le sol qui l'arrête, et bat la plaine cihsentr. « La plaine absente ! Quel intolérable jargon ! » s'écrie La Harpe. 11 devait se souvenir d'Horace, Sat. II, vil, 28. On trouverait, du reste, des exemples de cette expression dans Lucain, Valcr. Flaccus, Ausone, Sidoine Apollinaire, etc. Boissonade.]

Du moins il m'en souvient, quand autrefois auprès 45

De cette ingrate aimée, en nos festins secrets,

Je portais à la hâte à ma bouche ravie

La coupe demi-pleine à ses lèvres saisie.

Ce nectar, de l'amour ministre insidieux.

Bien loin de les éteindre, aiguillonnait mes feux. 50

Ma main courait saisir, de transports chatouillée,

Sa tête noblement folâtre, échevelée.

Elle riait ; et moi, malgré ses bras jaloux,

J'arrivais à sa bouche, à ses baisers si doux;

J'avais soin de reprendre, utile stratagème ! 55

Les fleurs que sur son sein j'avais mises moi-même ;

Et sur ce sein, mes doigts égarés, palpitants.

Les cherchaient, les suivaient, et les étaient longtemps.

Ah ! je l'aimais alors ! Je l'aimei'ais encore,

Si de tout conquérir la soif qui la dévore 60

Eût flatté mon orgueil au lieu de l'outrager.

Si mon amour n'avait qu'un outrage à venger.

Si vingt crimes nouveaux n'avaient trop su l'éteindre.

Si je ne l'abhorrais ! kh. ! qu'un cœur est à plaindre

De s'être à son amour longtemps accoutumé, 65

Quand il faut n'aimer plus ce qu'on a tant aimé !

Pourquoi, grands dieux ! pourquoi la fîtes-vous si belle ?

Mais ne me parlez plus, amis, de l'infidèle :

Que m'importe qu'un autre adore ses attraits,

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