LIVRE H — CAMILLF
Allez, mes vers, allez ; je me confie en vous; \llez fléchir son cœur, désarmer sou courroux ; Suppliez, gémissez, implorez sa clémence, Tant qu'elle vous admette enfin en sa présence. Entrez ; à ses genoux prosternez vos douleurs, Le deuil peint sur le front, abattus, tout en pleurs , Et ne revoyez point mon seuil triste et farouche, Que vous ne m'apportiez un pardon de sa bouche.
Ah! des pleurs! des regrets! Lisez, amis; c'est elle. On m'outrage, on me chasse, et puis on me rappelle. Non : il fallait d'abord m'accueillir sans détours. Non, non ; je n'irai point. La nuit tombe; j'accours.
XIII. — V. 4. <'■ Tant qu'elle vous admette. » Tant que, suivi du subjouclif, é(^uiva^ll Àjusquà tant que, fréquent cliez les écrivains du seizième siècle. Tant que est ancien dans la langue. On en tronve des exemples dans les écrivains des treizième et quatorzième siècles. C'est à tort , comme le remarque M. Godefroy , que l'Académie a blâmé cette expression dans Corneille.
XIV. — V. 1. Le début (le cette élégie semble imité de Térence, -Eh«m(/«c, 1,1, 1 :
Quid igitur faciam ? non cam ? ne niinc quidem , Cuin arcessor ultro? an potius ita me comparem , Non perpeti meretricum contumclias?
Eiclusit, revocat. Redeam ? non, si me obsecri t.
Passage déjà imité par Horace, Sat. II, m, 262 :
Nec nunc, quum me vocat ultro,
Acciili'.m ? An polius méditer ûnire dolores ? Exclusif, revocat : Redeam? non , si obsecret. . .
Y. 4. L'édition 1839 avait introduit un contre-sens en ponctuant ce vers ainsi : Non, non : j<: n'irai point , la nuit tombe; j'accours.
On s'excuse, on gémit, enfin on me renvoie; 5
Je sors. Chez mes amis je viens trouver la joie,
Et parmi nos festins un billet repentant
Bientôt me suit et vient me dire qu'on m'attend.
« Ecoute, jeune ami de ma première enfance,
.le te connais. Malgré ton aimable silence, lO
.le connais la beauté qui t'a contraint d'aimer,
Qui t'agite tout bas, que tu n'oses nommer.
Certe un beau jour n'est pas plus beau que son visage;
x\Iais, si tu ne veux point gémir dans l'esclavage,
Sache que trop d'amour excite leur dédain. 15
Laisse-la quelquefois te désirer en vain.
Il est bon, quelque orgueil dont s'enivrent ces belles.
De leur montrer pourtant qu'on peut se passer d'elles.
Viens, et loin d'être faible, allons, si tu m'en crois.
Respirer la fraîcheur de la nuit et des bois ; 20
('ar, dans cette saison de chaleurs étouffée.
Tu sais, le jour n'est bon qu'à donner à Morphée.
Allons. Et pour Camille, elle n'a qu'à dormir. >•
Passons devant ses murs. Je veux, pour la punir.
Je veux qu'à son réveil demain on lui rapporte 2r>
Qu'on m'a vu : je passais sans regarder sa porte.
Qu'elle s'écrie alors, les larmes dans les yeux,
(^)iie tout homme est parjure, et qu'il n'est point de dieux !