‹ PoésiesChapitre 217 sur 341 · LIVRE II — CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II — CAMILLE

« Ah! dieux! s'écriait-elle, ah! que je suis heureuse î » 30 Comhieu de fois encor, d'une brûlante main Pressant avec fureur ma tête sur son sein, Ses cris me reprochaient des caresses paisibles ! Mes baisers, à l'entendre, étaient froids, insensibles ; Le feu qui la brûlait ne pouvait m'enflammer, 35

Et mon sexe cruel ne savait point aimer ! Et moi, fier et confus de son inquiétude, Je faisais le procès à mon ingratitude : Je plaignais son amour, et j'accusais le mien; .le haïssais mon cœur si peu digne du sien. 4o

Je frissonne. Ah! je sens que je m'approche d'elle.

Oui, je la vois, grands dieux ! cette maison cruelle

Que sans trouble jamais n'abordèrent mes pas.

Mais ce trouble était doux, et je ne mourais pas ;

Mais elle n'avait point, sans pitié même feinte, 43

Rassasié mon cœur et de fiel et d'absinthe.

Ah! d'affronts aujourd'hui je la veux accabler.

De véritables pleurs de ses yeux vont couler.

Tout ce qu'ont de plus dur l'insulte, la colère.

Je veux. . . Mais essayons plutôt ce que peut faire ôo

Ce silence indulgent qui semble caresser.

Qui pardonne et rassure, et plaint sans offenser.

Oui, laissons le dépit et l'injure farouche :

Allons, je veux entrer le rire sur la bouche.

Le front calme et serein. Camille, je veux voir 5.5

S'il est vrai que la paix soit toute en mon pouvoir.

V. .38. — << Faire le procès à. . ., » expression peu poétique et surtout peu élé- ;;iaque ; elle est mieux à sa place dans l'cpître ou dans la satire, et c'est là que Boileau l'a employée, dans le Discours au roi et dans la Salire IV.

Prends courage, mon cœur : de douces espérances Me disent qu'aujourd'hui finiront tes souffrances.

Eh bien ! je le voulais. J'aurais bien dû me croire! Tant de fois à ses torts je cédai la victoire! Je devais une fois du moins, pour la punir, Tranquillement l'attendre et la laisser venir. Non. Oubliant quels cris, quelle aigre impatience Hier sut me contraindre à la fuite, au silence, Ce matin (de mon cœur trop facile bonté!) Je veux la ramener sans blesser sa fierté ; J'y vole ; contre moi je lui cherche une excuse ; Je viens lui pardonner, et c'est moi qu'elle accuse. C'est moi qui suis injuste, ingrat, capricieux : Je prends sur sa faiblesse un empire odieux. Et sanglots et fureurs, injures menaçantes, Et larmes, à couler toujours obéissantes; Et pour la paix il faut que d'avoir eu raison. Confus et repentant, je demande pardon.

O Camille ! Camille ! . . .

lô

Page 1