LIVRE II — CAMILLK
Douct' dans son éclat, et fraîche et reposée, Semblable aux autres fleurs, filles de la rosée! Oh! quand j'arriverai, si, livrée au repos, Ses yeux n'ont point encor secoué les pavots, 20
Oh ! je me glisserai vers la plume indolente. Doucement, pas à pas, et ma main caressante Et mes fougueux transports feront à son sommeil Succéder un subit, mais un charmant réveil ; Elle reconnaîtra le mortel qui l'adore, 25
Et mes baisers longtemps empêcheront encore Sur ses yeux, sur sa bouche, empressés de courir. Sa bouche de se plaindre et ses yeux de s'ouvrir.
Mais j'entrevois enfin sa porte souhaitée.
Que de bruit ! que de chars ! quelle foule agitée ! 30
Tous vont revoir leurs biens, leurs chimères, leur or ,
Et moi, tout mon bonheur, Camille, mon trésor.
Hier, quand malgré moi je quittai son asile.
Elle m'a dit : « Pourquoi t'éloigner de Camille ?
Tu sais bien que je meurs si tu n'es près de moi. » 3ô
Ma Camille, je viens, j'accours, je suis chez toi.
Le gardien de tes murs, ce vieillard qui m'admire.
M'a vu passer le seuil et s'est mis à sourire.
Bon ! j'ai su (les amants sont guidés par les dieux)
Monter sans nul obstacle et j'ai fui tous les yeux. 40
Y. 21. ■' La plume indolente. » Avec quel art André relève un détail un peu erotique par une épithèle toute poétique! Jamais, comme Berlin, Am. 1,1V, il n'aurait peint la Pudeur entre deux draps. Quoi qu'en dise l'éditeur de Berlin, ce que La Fontaine ose dans ses Contes, et Voltaire dans le poënie de la Pucelle , n'est pas du domaine de l'élégie. L'élégie veut une diction choisie. Le style est comme un chaste \oile que le poète élégiaque doit toujours avoir soin de jeter sur les tableaux amoureux qu'il l'etrace.
Ah! que vois-je?... Pourquoi ma porte accoutumée,
Cette porte secrète, est-elle donc fermée?
Camille, ouvrez, ouvrez, c'est moi. L'on ne vient pas.
Ciel! elle n'est point seule! On murmure tout bas.
Ah! c'est la voix de Lise. Elles parlent ensemble. 4.'.
On se hâte ; l'on court ; on vient enfin ; je tremble.
Qu'est-ce donc? A m'ouvrir pourquoi tous ces délais?
Pourquoi ces yeux mourants et ces cheveux défaits?
Pourquoi cette terreur dont vous semblez frappée ?
D'où vient qu'en me voyant Lise s'est échappée? •'io
J'ai cru, prêtant l'oreille, ouïr entre vous deux
Des murmures secrets, des pas tumultueux.
Pourquoi cette rougeur, cette pâleur subite?
Perfide! un autre amant?... Ciel! elle a pris la fuite.
Ah ! dieux ! je suis trahi. Mais je prétends savoir. . . .55
Lise, Lise, ouvrez-moi, parlez! mais fol espoir!
La digne confidente auprès de sa maîtresse
Lui travaille à loisir quelque subtile adresse,
Quelque discours profond et de raisons pourvu.
Par qui ce que j'ai vu, je ne l'aurai point vu. 60
Dieux! comme elle approchait (sexe ingrat, faux, perfide!),
S'asseyant, effrontée à la fois et timide.
Voulant hâter l'effort de ses pas languissants,
Voulant m'ouvrir des bras fatigués, impuissants,
Abattue, et sa voix altérée, incertaine, 65
Ses yeux anéantis ne s'ouvrant plus qu'à peine,