XX. — V. 5-8. Tibulle, II, iv
Net prosunt Elegi, nec carminis auctor, Apollo;
lUa cava pretium flagitat usque manu.
Ite procul, Musse, si nil prodestis amanti;
Non ego vos, ut sint bella canenda, eolo : Nec refero solisque vias, et qualis, ubi orbem
Complevit, versis Luna recurrat equis.
Ad dominam faciles aditus par carmina quaio : Ite procul , Musse, si nihil ista valent. C'est dans le même sentiment que La Fontaine s'écrie, Élég. IV : Adieu plaisirs, honneurs, louange bien-aimée; Que me sert le vain bruit d'un peu de renommée ? J'y renonce à présent : ces biens ne m'étaient doux Qu'autant qu'ils me pouvaient rendre digne de vous. Cf. Bertin, Am. II, Xlli. — André Chénier s'est déjà inspiré de l'élégie de Tibulle, qu'il imite ici (voyez Élégies, I, XVI, et II, ili); il y reviendra encore plus loin, même livre, Elégie XXIV.
V. 9. Employant cette tournure, familière et poétique à la fois, par l'indéfini on, Corneille, Poly. II, i, a dit :
0 trop aimable objet qui m'avez trop charmé , Est-ce là comme on aime ? et m'avez-vous aimé '.' Et Molière, Tari. H, IV :
C'est donc ainsi qu'on aime? et c'était tromperie Quand vous
2o8 ÉLÉGIES
« Nous irons au hameau. Loin, bien loin delà ville,
Ignorés et contents, un silence tranquille
Ne montrera qu'au ciel notre asile écarté. 15
Là son âme viendra m'ai mer en liberté.
Fuyant d'un luxe vain l'entrave impérieuse,
Sans suite, sans témoins, seule et mystérieuse.
Jamais d'un œil mortel un regard indiscret
N'osera la connaître et savoir son secret. 20
Seul je vivrai pour elle, et mon àme empressée
Epiera ses désirs, ses besoins, sa pensée.
C'est moi qui ferai tout, moi qui de ses cheveux
Sur sa tête le soir assemblerai les nœuds.
Par moi de ses atours à loisir dépouillée, 25
Chaque jour par mes mains la plume amoncelée
La recevra charmante, et mon heureux amour
Détruira chaque nuit cet ouvrage du jour.
Sa table par mes mains sera prête et choisie ;
L'eau pure de ma main lui sera l'ambroisie. 30
Seul, c'est moi qui serai partout, à tout moment,
Son esclave fidèle et son fidèle amant. »
Tels étaient mes projets qu'insensés et volages