‹ PoésiesChapitre 234 sur 341 · LIVRE II — CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II — CAMILLE

A porter ce revers mon âme est impuissante. Eh quoi! beauté divine, incomparable amante, Je vous perds! Quoi ! par vous nos liens sont rompus! 5 Vous le voulez; adieu, vous ne me verrez plus : Du besoin de tromper ma fuite vous délivre, .le vais loin de vos yeux pleurer au lieu de vivre ! Mais vous fûtes toujours l'arbitre de mon sort ; Déjà vous prévoyez, vous annoncez ma mort. lo

Oui, sans mourir, hélas! on ne perd point vos charmes. Ah! que n'ètes-vous là pour voir couler mes larmes, Pour connaître mon cœur, vos fers, vos cruautés. Tout l'amour qui m'embrase et que vous méritez ! Pourtant, que faut-il faire? on dit (dois-je le croire?) 15 Qu'aisément de vos traits on bannit la mémoire ; Que jusqu'ici vos bras inconstants et légers Ont reçu mille amants comme moi passagers ; Que l'ennui de vous perdre, où mon âme succombe, N'a d'aucun malheureux accéléré la tombe. 2o

Comme eux j'ai pu vous plaire, et comme eux vous lasser ; De vous, comme eux encor, je pourrai me passer. Mais quoi ! je vous jurai d'éternelles tendresses ! Et quand vous m'avez fait, vous, les mêmes promesses. Était-ce rien qu'un piège? Il n'a point réussi. 25

j'ai fait comme vous-même : ah ! l'on vous trompe aussi, Vous, dans l'art de tromper maîtresse sans émule. V'ous avez donc pensé, perfide trop crédule,

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